Y-a-t-il encore un pilote à la rédaction ?

L’hypothèse d’un acte volontaire (suicide ou autre ?) du copilote ayant provoqué la catastrophe de l’A320 de la Germanwings a naturellement encore ajouté à la dramatisation de l’événement. Mais il n’a pas fallu attendre cette révélation pour assister au déchaînement médiatique. Entendons-nous : une catastrophe aérienne provoquant la mort de 150 personnes (en Europe) suscite une émotion légitime et une empathie naturelle envers les victimes encore accentuée par la proximité géographique du drame.

Mais il ne me semble pas avoir jamais vu une telle furia de tous les médias confondus. Passons sur les premières heures où foule d’envoyés spéciaux interviennent à répétition pour confirmer…qu’ils ne savent rien. C’est le lot commun du direct-live en cas d’événement dramatique de quelque nature qu’il soit. Ensuite vient l’heure des experts qui, en général, n’en savent pas plus que le commun des téléspectateurs. A longueur d’éditions (radio, télé ou presse écrite), tous les pilotes-experts-aériens du royaume ont eu droit à un moment de célébrité médiatique. Jusque-là rien que très banal dans la politique éditoriale de l’époque. L’indécence suit. Quand l’insistance médiatique transformée en catastrophisme aérien risque de provoquer un sentiment d’insécurité généralisé. Ici un « débat » sur le thème « Prendrez-vous encore l’avion demain ? », là un conseil sur la phobie du voyageur.

Et surtout, quand on est à bout de « cartouches » d’audience, l’interview d’un spécialiste de l’identification qui vous explique comment on « étiquette » les « morceaux » de corps (selon, précise-t-il, une appellation différente des « corps entiers » ou des objets), ou encore cet autre qui vous explique que la présence de bébés et d’enfants dans l’avion écrasé « complique les choses » en termes de « parties de corps » éparpillées… Tout cela, alors qu’on s’attarde longuement sur la nécessité de l’accompagnement psychologique des proches des victimes. Est-ce vraiment nécessaire à notre information ? Ou s’agit-il de satisfaire, ou mieux encore, de susciter une curiosité morbide ? Qui décide de cette couverture dont on ne peut que se dire qu’elle est dictée par la recherche d’audience à tout prix ? Y-a-t-il encore un pilote à la rédaction ? Rassurez-vous, la surenchère (comme disait le regretté Marc Moulin) a encore de belles catastrophes devant elle.

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