France : les racines du FN

Dimanche dernier, pour le premier tour des départementales, on a connu une de ses soirées électorales où chacun affirmait son contentement avec quelques bonnes raisons et une solide dose de mauvaise foi. Certes, les sondages avaient failli : participation légèrement plus haute que prévue, un FN en progression mais sans confirmer son titre de premier parti de France, une marée bleue UMP (en élus promis plus qu’en voix) et un PS qui avait « résisté » en évitant la débâcle dès le premier tour. Le score des Verts comme celui du Front de gauche ne permettait pas, lui, de pavoiser. La marée bleue comme la résistance socialiste sont des éléments incontestables de ce paysage électoral. Même si en voix la droite républicaine ne fait que retrouver son score des années 90 et si le PS enregistre son plus mauvais score de l’histoire de la Ve République, à l’exception de ses défaites catastrophiques des cantonales de 1992 et des législatives de 1993.

Mais en examinant de plus près les résultats, le véritable enseignement de ce premier tour, c’est bel et bien l’enracinement du Front National. Les chiffres sont éloquents : le FN arrive en tête dans 43 départements (sur 96) ! Avec 25,12 % des suffrages – 2ème parti- il devance le PS (21,2). Et même s’il n’emporte aucun conseil général (ce qui n’est pas certain), il aura dimanche soir des dizaines d’élus (il n’en avait qu’un seul jusqu’ici). Au-delà des chiffres, c’est la poursuite du maillage du territoire par l’extrême droite qui impressionne. Les succès du FN ne se limitent plus aux bastions traditionnels du Sud Est et du Nord Est. Sa percée est spectaculaire dans des territoires qui étaient encore récemment des terres de mission, comme le Sud-Ouest ou le Centre. Le FN a réussi à « nationaliser » son électorat et à le diversifier.

Pour la gauche, l’union est une question de vie ou de mort au second tour. C’est elle seulement qui pourra transformer la débâcle annoncée en défaite honorable. Il est cocasse de voir aujourd’hui des champions du social libéralisme, comme Laurent Joffrin dans Libération, en appeler solennellement, et comme au bon vieux temps, à l’Union de la Gauche. Mais le PS est loin du compte. Manuel Valls refuse toute inclinaison de sa politique comptant sur la nécessité partagée de faire barrage à l’extrême droite. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour convaincre les électorats des Verts et du Front de Gauche.
Dimanche soir, la marée bleue sera inscrite dans les chiffres et le FN aura achevé d’imposer le tripartisme à la République. Il n’est pas certain que la gauche en tire quelques conclusions quant à la nécessité de révisions déchirantes.

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