Liège et les médias : le besoin de silence

Une image, une seule image pourrait peut-être rendre compte de l’horreur vécue Place Saint Lambert. Ce n’est pas seulement une image mais un tableau, « Le Cri » d’Edvard Munch. Un homme, la bouche déformée, torturée ; le regard figé, paralysé, incarne la tragédie absolue. Il tente d’interpréter l’inexpliqué, de suggérer l’inexplicable de l’âme humaine dans ses profondeurs les plus sombres. La toile du peintre norvégien en dit plus sur le drame de Liège que toutes les images diffusées et rediffusées en boucle dans les JT ou que les témoignages répétés à l’infini sur les ondes.


Le Cri de Munch

Car comme à chaque crise, à chaque catastrophe, on doit toujours se reposer la même question qui traduit le même malaise. Comment maîtriser l’infernale machine médiatique plongée dans son déchaînement d’émotion ? Entendons-nous bien : l’émotion a, dans ces circonstances, sa place légitime et nécessaire. Les médias doivent en rendre compte et faire preuve de compassion. Mais doivent-ils pour autant s’immerger dans l’émotion, doivent-ils communier jusqu’à réduire la possibilité d’appréhender le réel ? Sans oublier que la lancinante répétition d’informations forcément imprécises entraine inconsciemment la multiplication des clichés parfois eux aussi meurtriers. L’émotion est alors permanente d’autant que personne ne veut prendre le risque d’en faire moins que les concurrents. Et pourtant, c’est alors que le moins peut devenir un plus. La mesure dans l’information peut devenir garante de son sens. Il faut peut-être alors que les médias s’autorisent et nous accordent un moment de silence.

Paradoxe utopique ? Pas vraiment car ce silence même fugitif nous rend pour un instant une distance sans laquelle le monde, y compris celui de l’horreur, nous demeure incompréhensible. Ce silence qui, à la fin, témoigne avec le plus de force du respect envers les victimes. Oui, dans le déferlement médiatique, certes compréhensible sous certains aspects, nous avons aussi besoin de silence. Et ce soir là, le Cri muet de Munch était sans doute seul capable de nous suggérer l’indicible.

Ce contenu a été publié dans Blog. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *