Haro sur le PTB : ce n’est qu’un début…

La manœuvre était dans l’air depuis quelques mois. Le premier signal de l’offensive anti-PTB menée par les partis traditionnels et une partie des médias a peut-être été donné par la couverture du Vif de la mi-novembre. L’hebdomadaire qui ne résiste jamais à la tentation de la « Une » racoleuse, titrait alors « Après le Brexit et Trump, Marine Le Pen et puis le PTB… ». La vieille rengaine des extrêmes « qui se valent, se rejoignent ou s’assemblent » fait partie de l’arsenal idéologique éculé de la droite libérale (et social-libérale).

La presse française – y compris « de référence » – regorge de ces amalgames. Un dessin de Plantu faisait lire le même discours par Marie Le Pen et Jean Luc Mélenchon. En France, toujours, c’est encore cet amalgame qui a été utilisé un temps par le sarkozyme pour justifier le « ni, ni », le refus de choisir entre un candidat du FN et un socialiste, au prétexte que celui-ci bénéficierait de l’appui éventuel de la gauche radicale. Plus largement, dans l’histoire, la confusion entre fascisme et antifascisme a toujours fait le lit du premier.

L’anti-marxisme primaire

Et pourtant, c’est bien cette recette un peu rance qu’ont ressorti tous ceux que les sondages favorables au PTB [[Pour rappel le dernier sondage La Libre Belgique-RTBF du 2/12/2016 accorde au PTB 18,4 % en Wallonie, 9,6 % à Bruxelles et 4,2 % pour le PVDA en Flandre]] indisposent ou inquiètent. Ensuite, il y eut donc le « cordon sanitaire » médiatique que le MR voulait voir imposer au PTB en raison de son adhésion au « marxisme ». Il y avait, du côté libéral, la tentative un peu pathétique de faire diversion face au Kazakhgate qui n’avait pourtant pas encore pris toute l’ampleur que cette affaire d’état semble atteindre aujourd’hui. Mais une fois encore la justification idéologique de cette proposition est éclairante. Nos Libéraux qui, à l’exception probable de Richard Miller, n’ont sans doute jamais lu une page entière de Marx reprenaient donc l’éternelle antienne « Staline=Lénine=Marx » qui depuis des décennies a servi essentiellement à condamner a priori toute tentative de bouleversement de la société.

La différence entre le Vlaams Belang pour qui a été érigée cette notion de cordon sanitaire et le PTB, ne tient pas seulement au caractère raciste et xénophobe du premier mais à l’ensemble des valeurs défendues par les uns et les autres.
L’extrême-gauche (on parlera plutôt de « gauche radicale » à propos du PTB) qui se revendique du marxisme s’inspire des valeurs humanistes des Lumières et de la Révolution Française autant que ses mouvements révolutionnaires du XXe siècle. Tandis que l’extrême droite, outre son caractère raciste, est aussi, et entre autres, chauvine et anti-égalitaire. Simple rappel à un moment où la confusion ou parfois seulement l’ignorance fait des ravages médiatiques. Enfin, faut-il rappeler que la Charte de Quaregnon, texte fondateur du POB en 1885 reste selon les dires –mêmes du PS « une référence pour une société plus juste et plus solidaire ».[[ Voir http://www.ps.be/Pagetype1/Actus/News/26-mars-1894-26-mars-2014-la-Charte-de-Quaregnon-f.aspx]] Ce texte – d’inspiration marxiste pour le moins – dénonce un « régime capitaliste qui divise la société en deux classes nécessairement antagonistes : l’une, qui peut jouir de la propriété, sans travail, l’autre, obligée d’abandonner une part de son produit à la classe possédante. Alors Denis Ducarme qui a lancé le mot d’ordre de « cordon sanitaire » médiatique va-t-il l’étendre au PS même si pour ce dernier la référence est désormais purement « décorative » ?

Certes, dans l’histoire, on a massacré au nom du marxisme. Comme les démocraties occidentales qui ont mené de sanglantes entreprises coloniales au nom du progrès. Comme l’idéologie libérale qui a justifié de sombres coups d’état. Sans compter les guerres menées encore aujourd’hui au nom d’idéologies religieuses. Les idéologies sont une chose, leur dévoiement en est une autre. L’offensive libérale, pas vraiment contestée par le centre gauche, visant à délégitimer la nature démocratique du PTB est purement instrumentale. Elle vise seulement à réfuter le droit au changement. Ce qui, naturellement, ne doit pas empêcher la critique, y compris radicale de telle ou telle proposition ou politique du PTB avec lesquelles on serait en désaccord.

Après l’idéologie, les boules puantes…

L’offensive idéologique ayant fait long feu, on est passé aux « boules puantes » (comme on dit dans le milieu politicien). Le chevalier blanc Martin Buxant sort dans L’Echo une enquête basée sur des témoignages anonymes et selon laquelle non seulement le PTB manipule les patients dans les Maisons Médicales qu’il gère mais ses médecins violent le secret médical à des fins politiques. Mais peut-être encore plus que les mots, ce sont les images de L’Echo qui en disent long sur les intentions de l’auteur de l’enquête et de son journal.
Le quotidien a envoyé une photographe faire les portraits des principaux dirigeants du parti. Par leur cadrage, par l’éclairage et les effets graphiques utilisées, les clichés manipulés sont impitoyables : ils présentent l’image d’hommes sortis de prison. Des photos d’identité judiciaire : neutres et objectives naturellement…. L’ambiance est fixée.

Derrière le sourire du Camarade Raoul, titre L’Echo…

La droite se déchaine, les belles âmes rugissent, et sans s’interroger plus avant sur le sérieux de cette enquête, le PS et Ecolo embrayent. « Scandaleux » s’exclame sans autre commentaire Laurette Onkelinx sur son FB. La même qui, quelques jours auparavant, au cours d’un débat, minaudait à propos des convergences possibles avec le parti « marxiste ». Le scénario est désormais classique : quand il faut soigner son profil de gauche, le PS laisse entendre que des coalitions sont possibles avec le PTB (si ce dernier condescendait à mettre « les mains dans le cambouis ») [[ On reviendra dans un prochain Blog Notes sur la question « Le PTB et le pouvoir »]] mais hors de ce contexte qui concerne un segment de son électorat, dès qu’il le peut, le parti d’Elio Di Rupo sort des déclarations incendiaires vis-à-vis de ceux qui menacent sa suprématie en Wallonie. Dans ce registre, Paul Magnette, que l’on connaît plus subtil, ne manque pas une occasion d’exprimer son mépris à l’égard d’un PTB « populiste » et « sans programme ». Le PS est d’autant plus agressif qu’il doit tenter de faire oublier l’affaire Publifin et son maître Stéphane Moreau qui ont largement arrosé des mandataires des partis traditionnels pour de pseudo comités consultatifs. [[ Sur Publifin et Stéphane Moreau : voir Politique n°94, mars-avril 2016, Jean Jacques Jespers, Citizen Moreau]]
La hargne de certains commentateurs s’exprimait encore ce dimanche dans l’émission dominicale de RTL-TVI. Les participants, journalistes, commentateurs et politiques [[sauf une chroniqueuse pas particulièrement progressiste qui saluait, elle, contre toute attente, le travail de solidarité de Médecine pour le Peuple]] s’étranglaient d’indignation devant les supposés méfaits des médecins ptbistes. Un obscur représentant du MR dénonçait lui la confusion entre médecine et politique. C’était d’autant plus ahurissant que quelques minutes auparavant sur le même plateau le médecin et député MR, Jacques Brotchi était venu défendre en raison de ses deux qualités la politique de Maggie De Block en matière de restriction des soins de santé.

Tout cela n’a finalement rien de surprenant mais témoigne surtout de l’inquiétude que suscite à droite comme au centre gauche l’émergence d’une gauche alternative. Tous les moyens seront bons pour lui faire barrage. Ce n’est qu’un début….

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