François Fillon : les gestes du repas

« Inédit », « Du jamais vu » s’exclamait hier le candidat « assassiné » à propos de sa convocation devant les juges. Sur ce point au moins, François Fillon fait l’unanimité. L’épisode que l’on a vécu hier – et la situation qui l’a provoqué- sont des événements sans précédents dans l’histoire de la Ve République. Jamais, non plus, un prétendant sérieux à la magistrature suprême, celui qui sera amené à nommer les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature, n’avait attaqué avec une telle virulence l’institution judiciaire. Empêtré dans une affaire dont il est incapable de répondre sur le fond, empêché de poursuivre sa campagne sans être constamment interpellé sur « l’affaire », Fillon a choisi la fuite en avant. Reniant sa parole sur son retrait en cas de mise en examen, l’homme de la Sarthe se place désormais sur le terrain du populisme anti magistrat. Plus fort et plus loin que Marine Le Pen, elle-même. L’orientation qu’il donne désormais à sa campagne ne peut d’ailleurs être profitable qu’à cette dernière et à Macron qui en profitera pour se présenter un peu plus comme la seule alternative à l’extrême-droite. Ce matin sur France Inter, le philosophe et magistrat Antoine Garapon rappelait cet avertissement de Paul Ricoeur : « La Cité est périssable ». Fillon contribue à en saper les fondements.


Capture d’écran LCI

Candidat désespéré d’une droite suicidaire, Fillon résume aujourd’hui son combat politique à sa capacité de résistance personnelle. Hier, ses plus proches conseillers semblent avoir tenté de le faire renoncer, d’autres comme Lemaire l’ont quitté ou s’en sont éloignés comme les centristes de l’UDI. La Berezina n’est pas loin. Et, comme dans cette campagne, le suicide ne semble pas non plus étranger à la gauche (même si les circonstances sont, pour elle, d’une tout autre nature), « le candidat de l’argent » comme disait François Bayrou avant de le rallier, peut continuer à engranger les soutiens.

La mise en scène de la séquence d’hier en dit aussi beaucoup sur le désarroi du soldat Fillon. Après la dramatisation de la déclaration à son QG, l’équipe du candidat a littéralement « remorqué » [[ en italien un peu grossier on emploie le mot « rimorchiare » pour « draguer »]] le groupe compact des hordes médiatiques vers le bistrot du XVe où François Fillon et ses proches se sont attablés offrant leurs corps et leur pitance au regard glouton des chaînes d’info continue qui « analysaient » doctement la pure « stratégie de communication » du candidat tout en offrant en permanence cette image bistrotière durant près de deux heures. Bien entendu, aucune parole ne fut échangée. L’image était muette. Mais on pouvait disserter sur les œufs mimosas de Jérôme Chartier ou les harengs pommes à l’huile de Valérie Pécresse. « Les gestes du repas » ? A moins que rétrospectivement l’image ne reste comme « La Dernière Cène ».

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