Hamon/Mélenchon : de la politique fiction à la realpolitik

C’était donc bien de la politique fiction :[[ Voir le Blog Notes : http://blogs.politique.eu.org/Politique-fiction-une-candidature]] la candidature unique de la gauche était impossible. Les nombreux appels de personnalités et d’associations, les pétitions réunissant des dizaines de milliers de signatures de militants ou de simples électeurs de gauche n’y ont rien fait. Pas plus que la perspective de figurer au 2eme tour (ce qui était mathématiquement possible) ni celle de laisser l’avenir de la France aux mains des duellistes de l’extrême-droite et de la droite dure ou molle. La soi-disant recherche d’une entente s’est résumée à une partie de cache-cache dont le seul objectif pour chacun des impétrants était de ne pas endosser l’habit du fauteur d’unité. La realpolitik a pris le dessus. En son temps, Georges Marchais le disait déjà : « l’union est un combat »…

Peu importent finalement les responsabilités des uns et des autres, il y avait des arguments à faire valoir dans chaque camp. Mais aussi des volées de coups bas. A ce moment du processus interne au PS, Hamon ne voulait pas et ne pouvait pas rompre avec la droite du parti même s’il ne transigeait pas sur son programme. Fort de sa campagne et de la dynamique développée depuis une année, Mélenchon voulait légitimement se maintenir et surtout ne souhaitait faire aucune concession à un PS dont il veut la disparition. Les diatribes de certains supporters de la France Insoumise sur les réseaux sociaux (qui rappelaient parfois les riches heures du sectarisme stalinien) autant que les éternels appels des partisans du candidat socialiste au vote utile n’ont rien fait pour créer un climat unitaire. Mais l’essentiel n’était pas là. Les stratégies des deux hommes sont incompatibles. Refonder le PS sur une base de gauche pour Hamon, se débarrasser de la social-démocratie pour construire un mouvement « du peuple » (le terme de « gauche » a disparu du vocabulaire mélenchoniste comme d’ailleurs la plupart des références héritées du mouvement ouvrier) pour le leader de la France insoumise. Pour des raisons différentes, les deux entreprises sont aléatoires – on aura l’occasion d’y revenir- et, en tous cas, tributaires du score final de leur représentant. Mais si les stratégies divergentes sont essentielles pour comprendre l’impossible union, il ne faut pas pour autant négliger les facteurs personnels. Les deux candidats ont beau assurer qu’ils ne sont pas des « hommes providentiels », l’épreuve présidentielle dans laquelle ils se sont coulés n’échappe à la personnalisation à outrance.

La fin de campagne et le résultat final fixeront le sort de chacun d’eux et de leur projet. Un rapport de force en sortira. Mais la question d’un rapprochement (à défaut d’une « union ») entre une gauche socialiste refondée et un mouvement radical « du peuple » se posera inexorablement. Dès les législatives qui suivront la présidentielle et, encore plus sûrement, à moyen terme. Et sauf démission suicidaire, il faudra bien alors que chacun y réponde.

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