La droite française entre farce et tragédie

Bordeaux, 22 novembre 2012

Même, ici, à Bordeaux dans la bonne ville du vieux sage Alain Juppé, qui vient d’accepter de jouer les bons offices électoraux, le chroniqueur de la droite française doit se muer en correspondant de guerre. Imaginez, Wallis et Futuna, il ne manquait que Wallis et Futuna pour déterminer le sort de l’UMP ! Quel talent de scénaristes ces frères Fillon et Copé ! On croit que c’est fini et ça recommence. Appel à l’unité, supplique à l’arrêt des combats, prières vaines, l’UMP est au bord de l’implosion. Jamais sans doute, un parti politique n’avait donné une telle image de lui-même. Même au plus fort de ses démons suicidaires, le PS, pourtant spécialiste en la matière, n’avait réussi une telle performance.

Le déroulement de la bataille Copé/Fillon témoigne de la triple crise idéologique, identitaire et de direction que traverse l’opposition. Le vainqueur d’un moment a affirmé qu’il n’y pas de différent de fond avec le vaincu provisoire. L’ancien premier ministre, lui, a parlé pourtant de « fracture politique et morale », renonce à la présidence et menace d’une plainte en justice et chacun d’accuser l’autre d’avoir bourré les urnes. Comment gérer ce champ de ruines ? Et que signifie l’issue incertaine du combat des chefs ? La campagne comme le résultat contesté du scrutin indiquent sans conteste une forte droitisation de l’UMP qui contamine d’ailleurs l’ensemble du champ politique. Dans la suite de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, Jean François Copé a chassé sans vergogne sur les terres du Front National pour qui c’est tout bénéfice, en termes de positionnement comme de légitimité. Fillon, lui-même, tout en essayant de contenir la dérive, a droitisé son propre discours. A l’origine de cet irrésistible balancement vers la droite radicale, l’incapacité ou le refus des dirigeants de l’UMP, toutes tendances confondues, de dresser l’inventaire de la défaite de Nicolas Sarkozy. La droite préfère continuer à penser qu’aux présidentielles la victoire lui a été volée et que François Hollande n’est qu’un président de passage. Elle est dans l’incapacité de tirer un bilan de sa propre action et se contente de radicaliser un discours qui peut enchanter ses militants et une partie de son électorat mais ne peut lui ouvrir les portes d’une reconquête du pouvoir.

Des espaces s’ouvrent donc de chaque côté de l’échiquier politique : le Front National, on l’a dit, ne peut que se réjouir de cet alignement sur ses propres positions. Les centristes de la Nouvelle Union des Démocrates et des Indépendants mais aussi François Hollande avec son recentrage récent voudront séduire l’électorat modéré. Et puis surtout, quelle que doit l’issue finale, il ne sera pas facile aux deux têtes de l’UMP, séparées par quelques dizaines de voix et dramatiquement éreintées par le vaudeville de ces derniers jours de retrouver une crédibilité et d’acquérir une carrure présidentielle qui demeure naturellement l’objectif des frères ennemis de ce parti qui fut jadis gaulliste.

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