Italie : l’épreuve des listes

« Épreuve dévastatrice » a dit Matteo Renzi à propos de la confection des listes du PD (Parti Démocrate) pour les élections générales du 4 mars prochain. Les marchandages se sont poursuivis tard dans la nuit de samedi à dimanche, mais ils ont surtout été dévastateurs pour les opposants au dirigeant du PD qui se sont vus refuser un grand nombre de candidatures au profit des fidèles de Renzi qui contrôle désormais l’immense majorité des candidats de son parti. Ce qui lui permettra surtout d’avoir les mains libres pour négocier une coalition après le scrutin dont tous les observateurs s’accordent à dire qu’il ne fournira pas de véritable vainqueur. Le système électoral[1] a été conçu pour qu’il en soit ainsi. Trois pôles s’affrontent pour le pouvoir : la droite que Berlusconi a très tôt coalisée en ressemblant son parti Forza Italia, les « Leghistes » de Salvini (Ligue du Nord) qui s’affirment de plus en plus comme une formation d’extrême-droite focalisant toute sa campagne contre l’immigration et les « Fratelli d’Italia » qui regroupent les anciens post-fascistes. Au total une droite qui affirme sa radicalité. Les derniers sondages lui donnent la première place avec 37 % des voix.

Les populistes du mouvement des Cinque Stelle (M5S) sont crédités de 28 % des intentions de vote, ce qui en fait le premier parti d’Italie, mais qui n’entend pas conclure des accords de gouvernement avec d’autres forces. Un M5S qui, lui, a désigné ses candidats dans la plus stricte opacité. Le PD, de son côté, obtient 22,3 % des voix, une perte de 4 points depuis octobre. Bien que tous deux s’en défendent, si les résultats du 4 mars sont aussi incertains que l’annoncent les sondages, on soupçonne Berlusconi et Renzi de préparer un gouvernement de large coalition.   Reste un quatrième pôle, Liberi e Uguali (LeU – Libres et Egaux) qui regroupe différentes scissions du PD, les anciens communistes du PD (dont Bersani et D’Alema), le groupe Possibile et la Sinistra Italiana (SI), issue d’une gauche plus radicale. La confection des listes n’a guère été plus aisée pour ce rassemblement d’appareils qui peine à séduire (7 % des intentions de vote) et dont la stratégie hésite entre la formation d’un centre gauche sans Renzi et une véritable refondation de la gauche. Il y a aura encore pour le concurrencer des listes de gauche radicale – Potere al Popolo (Pap – Pouvoir au Peuple) à l’initiative de Rifondazione Comunista et de différents mouvements sociaux, mais qui ont peu de chance d’atteindre le seuil électoral de 3 % qui permettrait d’avoir des élus.

En fait, c’est la gauche italienne tout entière qui est aujourd’hui dévastée. Renzi a définitivement enterré le centre gauche au profit d’un social-libéralisme « blairiste ». Pour l’instant aucune refondation à gauche ne se dessine avec un minimum de crédibilité. Et les élections du 4 mars ne règleront rien, sauf qu’elles risquent d’installer une nouvelle longue hégémonie de la droite… et de sonner l’heure du retour de Berlusconi !

 

 

Photos Il Manifesto

[1] Ce système prévoir un double scrutin : 36 % des candidats étant élus à la majorité dans des collèges uninominaux tandis que 64 % sont désignés à la proportionnelle dans des listes plurinominales. Le seuil d’égibilité étant fixé respectivement à 10 et 3 % des voix. Ce qui oblige à des coalitions pour le scrutin majoritaire.

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