Hitler-Mussolini : la dictature de la couleur

On connaît le grand talent de Jean Christophe Rosé dans la réalisation du film d’archives. Et il ne s’agit pas ici de discuter des mérites que l’on peut attribuer et/ou des critiques que l’on peut adresser à son film « Hitler-Mussolini », diffusé ce mercredi 6 juin sur FR3. Mais bien d’évoquer ce phénomène de la colorisation des archives qui semble désormais la loi sur France Télévision, du moins pour mériter une diffusion en « prime time ». J’avais vu le film, en janvier dernier, lors de sa présentation au FIPA à Biarritz. Les archives étaient en noir et blanc, dans leur forme – leur force- et leur sens originel. Et j’ai cru comprendre que cette version était bien la version originale du film, celle que son réalisateur et son producteur avaient souhaité présenter au public en avant-première.


La colorisation comme spectacularisation de l’histoire

On peut donc imaginer que c’est bien à la demande – l’exigence – de la chaîne que les téléspectateurs n’ont pas eu droit à cette version originale mais une à version colorisée (qui plus est, de manière assez maladroite sans doute faute de moyens suffisants). Et surtout, on peut s’interroger sur cette politique éditoriale qui n’accepte plus les images en noir et blanc qui sont pourtant porteuses à la fois de leur sens d’origine et de l’esthétique voulue par ceux qui les ont tournées. Certes, il n’y a pas de tabou. L’archive n’est pas sacrée et elle peut être réécrite avec un nouveau regard, un point de vue contradictoire et traitée par de nouvelles techniques. De nombreux réalisateurs, et non des moindres, ont remodelé ou même transfiguré des archives pour nous offrir des films passionnants. Mais, ces films revendiquent une démarche qui est présentée en tant que telle. Ici, ce n’est pas le cas. La colorisation n’est pas un enrichissement mais plutôt un appauvrissement du regard qui semble d’abord obéir à cette insupportable spectacularisation de l’histoire.

Nous étions plusieurs à avoir exprimé cette crainte lors de la diffusion de la série Apocalypse caractérisée par une colorisation des images qui devait « en mettre plein la vue » comme disaient ses réalisateurs. [[Voir Le Blog-Notes du 23.10.11 : Apocalypse : la mystification et Le Blog-Notes du 28.10.11 : Les Desperate Experts of Hitler]] Avec la diffusion de « Hitler Mussolini » en couleur, France Télévision confirme sa volonté d’imposer le modèle Apocalypse. On imagine l’argumentation des programmateurs qui veulent « toucher le public le plus large », ce public qui ne supporterait plus le noir et blanc. Peut-on simplement rappeler à ce propos et sans aucun jugement sur le film lui-même, l’immense succès populaire de « The Artist »…

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