Renzi, le casseur

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C’était son objectif depuis des mois : Matteo Renzi[1] a provoqué la crise politique. Elle est illisible pour les Italiens aux prises avec une pandémie qui ne laisse pas de répit. Le leader de Italia Viva, le petit parti à usage personnel qu’il a créé en 2019 après avoir quitté le PD, a fait démissionner ses trois représentants au sein du gouvernement Conte. Renzi a provoqué la crise en raison, dit-il, de « l’immobilisme du Premier ministre et des libertés qu’il prendrait avec les règles démocratiques. » Certes, Guiseppe Conte a tendance à gouverner par décrets et a tenté de confier la gestion des fonds européens à une commission d’experts au détriment du parlement. Mais tenté seulement. Les choses sont rentrées dans l’ordre sous la pression du PD et dudit Renzi auquel le Premier ministre a proposé un nouveau pacte de législature répondant largement à ses demandes et lui a offert de renforcer son poids au sein du gouvernement. Mais Renzi voulait la crise. On a beau ne pas déborder de sympathie pour cette coalition hétéroclite qui regroupe le centre gauche et les 5 Stelle et qui d’ailleurs a été portée sur les fonts baptismaux par l’ancien maire de Florence lui-même qui voulait alors éviter à tout prix de nouvelles élections qui auraient mis à mal sa nouvelle et fragile formation (créditée aujourd’hui de moins de 5 % des intentions de vote), la manœuvre de Renzi, en pleine pandémie, et pour de stricts calculs personnels rappelle les pires moments de l’Italie démocrate-chrétienne. Et encore, à l’époque, une partie de la DC n’était pas toujours dépourvue d’un certain sens de l’intérêt commun. Ici on n’aperçoit pas de véritable objectif politique.

Renzi est un « casseur ». Il l’ a démontré quand il a dirigé le PD en voulant comme il disait “mettre à la casse” tous les dirigeants issus du PCI. Alors, il s’agissait d’asseoir son pouvoir personnel et sa ligne social-libérale sur le parti de centre gauche. Aujourd’hui, en dehors d’écarter Giuseppe Conte, son calcul n’est pas clair. Des élections anticipées risquent d’être catastrophiques pour Italia Viva qui pourrait être rayé de la carte politique. Alors ? Une hypothèse circule. Renzi a, à plusieurs reprises, vanté les mérites de Mario Draghi, l’ancien directeur de la Banque Centrale Européenne qu’il verrait bien diriger un gouvernement technique, soutenu par la plus large coalition. Une manière de réduire le poids de son ancien parti, Le PD. Ce qui pourrait être son véritable objectif. Le secrétaire général du PD, Nicola Zingaretti ne s’y trompe pas et dénonce l’irresponsabilité de son ancien dirigeant.

En attendant, le Premier ministre a décidé d’affronter son adversaire devant le parlement où l’on se comptera sans doute dans la plus grande confusion. La droite et l’extrême droite se réjouissent déjà d’un scrutin anticipé qui pourrait les ramener au pouvoir. Ce serait-là, finalement, l’effet dramatique de petites manœuvres du “casseur”. Sans compter l’imbroglio que la crise voulue par Renzi provoquera, de toute façon, dans la gestion de la situation sanitaire.

[1] Pour en savoir plus sur le parcours de Renzi voir le Blog-Notes : https://leblognotesdehugueslepaige.be/renzi-les-fourberies-de-matteo/

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5 réponses à Renzi, le casseur

  1. Lambert dit :

    Je me suis fait la même réflexion.
    D’autre part, la fermeture de tous les lieux culturels vénitiens aux Vénitiens eux-mêmes relève pour moi de la même stratégie. J’en frémis.

  2. Paquay France dit :

    Son opportunisme n’est pas nouveau lorsqu’on voit son parcours politique et les rapprochements « douteux » qu’il a à certains moments fait pour arriver à certaines fonctions. Bien que surnommé IL Rottamatore (le démolisseur), il a souvent fait preuve d’une certaine souplesse idéologique pour satisfaire ses ambitions. En attendant, sa démission m’inquiète quant à l’avenir politique de l’Italie mais aussi concernant la gestion de la pandémie.

  3. Dardenne dit :

    Bonjour Hugues ,
    Meilleurs vœux tout de même et malgré tout cela .
    Merci pour ton texte éclairant sur la situation italienne trop souvent négligée ( a tort me semble-t-il) par les médias belges et français.
    Amitiés,
    Jean-Pierre

  4. Angelini dit :

    Renzi, lamentable calculateur irresponsable.
    Bravo Hugues

  5. Michel Di Mattia dit :

    A quelques heures d’un passage délicat devant le Sénat, sans présumer de la vérification arithmétique des chiffres de majorité, il fait peu de doute que l’issue pour le gouvernement Conte bis sera bel et bien serrée. En tout état de cause, elle le sera encore davantage au plan politique, même en cas de sauvetage in extremis.
    A première vue, le timing de Renzi semble relever de l’improvisation politique. Le casseur serait un casseur cassé. Il est d’ailleurs pas exclu que le temps choisi le soit aussi pour des raisons extra-politiques. Plus fondamentalement, la sortie de Renzi du gouvernement est évidemment tout sauf une surprise. Il faut reconnaître que la question soulevée, pas seulement par lui, sur les tentatives de Conte de confier la gestion des fonds européens à une commission d’experts au détriment du parlement est bien réelle, si ce n’est que lui-même nourrit exactement des intentions similaires, avec d’autres experts (internationaux). Une tendance qui n’est d’ailleurs pas propre à la seule Italie, et qui en dit long sur la conception de leaders européens de premier plan lorsqu’il s’agit de redéploiement stratégique ou de mobiliser l’intelligence collective. Comme vous l’indiquez, Conte aura seulement essayé. Lui ou d’autres réessaieront encore, plus que probablement.
    Sur le plan politique, la sortie renzienne me semble fondamentalement liée au cadre d’octroi des fonds européens, qui va conditionner le reste de la législature. Je ne suis pas sûr que l’objectif visé de cette sortie soit uniquement le PD, mais bien l’alliance entre celui-ci et le parti qui s’esquisse autour du Premier, en partie seulement sur les cendres 5S, et qui prendra sans doute davantage de consistance si l’équipe Conte-bis (ou ter) était auréolée des premiers effets en matière de future relance.
    Au-delà de cette législature, la relance pour l’ensemble du centre-gauche devrait porter son majeur intérêt aux territoires, qui en Italie peuvent encore compter sur des milliers de coopératives dynamiques, pas seulement dans la distribution.

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