PS-Ecolo-PTB : Guerre de position(nement)

« Unité » : elle occupe sans doute la première place dans l’imaginaire historique de la gauche. Elle suscite des espérances folles, elle provoque chez ceux qui l’ont vécue des émotions profondes, elle traduit la plus forte envie de dépassement dans la solidarité et la fraternité. Mais elle est aussi grosse de désillusion et d’amertume. L’histoire de la gauche en est pavée. Ce qui explique sans doute les réactions de dépit et parfois de colère chez ceux qui reprochent au PTB d’avoir mis fin aux négociations avec le PS en Wallonie (à Bruxelles ce parti n’était même pas convié à discuter…). Il est trop tôt pour analyser en détail les suites de la séquence actuelle pour l’avenir de la gauche radicale. Mais quelques constats sont déjà possibles. Si l’on se fie aux réactions sur les réseaux sociaux (ce qui est évidemment risqué et reste essentiellement impressionniste), on peut dégager deux phénomènes : les plus critiques à l’égard du PTB sont souvent ceux qui n’ont pas voté pour lui et ceux qui se manifestent avec le plus de constance appartiennent à certains milieux intellectuels et syndicaux. De plus, très souvent, les critiques exprimées le sont au nom de la « trahison » du Graal de l’unité sans toujours tenir compte des conditions politiques nécessaires à sa réalisation. On n’est pas loin alors d’une sorte de mystification — ou de mythification- du concept même d’unité de la gauche qui est considéré en lui-même plus important que son contenu.

Sur l’échec des négociations PS-PTB, précisément, il est extrêmement difficile de démêler les fils des responsabilités de ce qu’il faut bien nommer une guerre de positionnement (et donc aussi de communication). In tempore non suspecto — c’est-à-dire avant les élections- j’ai indiqué à plusieurs reprises dans mes articles pourquoi je pensais — hélas- que le temps de l’unité n’était pas venu. Le 14 mai, j’écrivais  notamment (en m’excusant de me citer)[1] :

        « Si l’on veut parvenir à concrétiser cette exception politique qu’est la Belgique francophone en Europe avec un rapport gauche/droite particulièrement favorable, il faudra aboutir à une alliance de toutes les forces de gauche. Pour différentes raisons, le temps de cette alliance n’est pas encore venu : en dépit de son discours préélectoral, le PS rechigne à rompre avec ses pratiques sociales libérales, le contour du changement promis par Ecolo reste parfois indécis et des voix divergentes s’y expriment en ce qui concerne les coalitions possibles. La rupture — notamment avec les traités européens — n’est pas encore au rendez-vous. Quant au PTB, au risque de s’asphyxier, il devra encore pendant un certain temps gérer sa croissance rapide et la formation de ses cadres et militants avant de se lancer dans une éventuelle participation au pouvoir. »

En même temps,  le PS et le PTB devaient impérativement entamer des discussions. Le PTB était redevable de son succès qui mathématiquement lui ouvrait une voie vers la participation au pouvoir. Le PS avait senti le vent du boulet de la gauche radicale et devait répondre aux aspirations plus à gauche de sa base et de son électorat wallon. Mais pour chacun, il s’agissait de sortir au mieux de cette contrainte. En dépit d’un discours d’ouverture, les socialistes ne remettent pas en question leur social-libéralisme et refusent d’accepter « de désobéir aux traités européens »[2], ce qui était le fondement même de la campagne du PTB et la condition de la réalisation de son programme minimum. La messe était dite. Sur les ondes de la RTBF, Bertrand Henne a parlé d’« un diner de cons »[3]. On ne saurait mieux dire. On ne s’arrêtera pas sur les coups fourrés des uns et des autres. Mais on notera que la précipitation avec laquelle le PTB a rompu les pourparlers a été au moins une erreur tactique et de communication. Certes, sans l’espoir d’un accord minimum une prolongation des discussions pouvait le piéger, mais aussi indiquer sa bonne volonté… et l’incapacité  plus clairement établie d’arriver à un accord. De son côté, le PS n’a jamais été aussi ouvert au PTB que depuis que celui-ci a claqué la porte. La ficelle est un peu grosse de la part d’un parti qui tout au long de son histoire a toujours préféré les supplétifs aux alliés (Ecolo en sait quelque chose…) et qui préparait déjà d’autres alliances.

Durant toute cette séquence, qui, finalement, ne pouvait être qu’une guerre de positionnement, Ecolo n’est pas demeuré en reste… par son silence. Les Verts se sont tus dans toutes les langues à propos des alliances en Wallonie alors qu’à Bruxelles, ils finalisaient un accord préélectoral avec le PS et Défi. Et le seul moment où une de leur représentante s’est exprimée, c’était pour ne pas se prononcer sur la préférence entre une alliance Ecolo-PTB et un accord Ecolo-MR.  C’est seulement ce lundi 17 juin, une fois que le PTB était hors circuit, que Jean Marc Nollet a fait sa proposition « Coquelicot » : un gouvernement minoritaire PS-Ecolo, appuyé de l’extérieur par qui veut mais avec une nette préférence exprimée pour un soutien CDH (qui a déjà rejeté la proposition) sans exclure celui d’autres partis. Il est vrai que le coprésident Ecolo avait indiqué lors de la campagne électorale qu’il était « vacciné contre le communisme ». La proposition prévoit aussi des ministres issus de la société-dite-civile . Les expériences étrangères – françaises en particulier- ont montré la fragilité et souvent la vanité de ce dispositif. Naturellement la proposition, si elle était partagée par le PS – ce qui ne semble pas exclu- mériterait discussion. Non pas pour offrir un appui global à une équipe minoritaire, ce qui équivaudrait à lui octroyer un chèque en blanc mais pour étudier les propositions et les mesures au cas par cas. Celles qui s’affirmeraient en rupture claire avec le social libéralisme et la politique d’austérité mériteraient évidemment un soutien de l’ensemble de la gauche.  Mais, naturellement on n’en est pas là…

Pour en revenir à l’épisode des négociations qui a impliqué le PTB, il faudra tenter d’en mesurer les conséquences et les réactions. Elles risquent d’être négatives du moins pour ceux de ses électeurs  qui espéraient qu’un succès dans les urnes suffirait à modifier le cours des politiques dominantes. Le parti de la gauche radicale va devoir gérer cette désillusion et, en dépit de ce handicap, « organiser » sa victoire. Il ne faut pas oublier que même si elle ne participe à aucune majorité, la gauche radicale va devoir, notamment, envoyer des dizaines de représentants dans les institutions publiques dont les portes leur sont désormais ouvertes en fonction de leur score électoral. Et l’on examinera à la loupe son travail parlementaire. La tâche n’est pas aisée pour un parti qui a connu une croissance si rapide. Pour le PS et Ecolo — avec ou sans le MR (ce qui ne sera pas anodin) — l’addition tombera au fil des politiques menées. Mais si l’on veut que l’« unité » soit un jour possible, il faut qu’en dépit des combats légitimes entre majorité et opposition, et malgré les positionnements de circonstances, des ponts se construisent entre tous les militants de gauche pour qui la « rupture » a un sens. Ce ne sera pas simple…

 

[1] Voir : https://www.revuepolitique.be/blog-notes/du-vote-utile-et-du-principe-de-precaution-en-politique/

[2] Ils ont répété à longueur de média  « qu’il fallait arrêter de parler du passé, mais bien de l’avenir » et qu’ils étaient, eux, pour « des solutions »…

[3] https://www.rtbf.be/info/article/detail_le-diner-de-cons-du-ptb-bertrand-henne ?

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