Libye : L’impossible diplomatie européenne (suite…)

Après le fiasco diplomatique européen face aux révolutions démocratiques en Tunisie et en Égypte, les 27 semblent récidiver avec la Libye. Alors que sur place les affrontements se poursuivent et que la confusion semble régner, l’Europe se hâte d’attendre. Le sommet extraordinaire des chefs d’état et de gouvernement ne se déroulera pas avant le 11 mars. Cet attentisme témoigne à la fois de l’embarras et des divisions européennes. Ces dernières sont de nature diverse. Les pays de l’Est peu soucieux des questions méditerranéennes craignent surtout un transfert de moyens financiers vers le Sud. D’autres sont d’abord préoccupés jusqu’à l’obscénité par les conséquences de la révolte libyenne sur les flux migratoires qui ne sont pourtant pas en augmentation. Il faut dire que ce sont ceux-là mêmes qui, au mépris des droits de l’homme les plus élémentaires, avaient sous-traité la tâche de garde frontière au régime Kadhafi.

L’apathie européenne est d’autant plus inquiétante que plane la menace d’une intervention militaire occidentale en Libye. Des bâtiments de guerre américains approchent et mardi Hilary Clinton déclarait que le Pentagone et les membres de l’OTAN avaient commencé à examiner des « préparatifs pour le moment où nous estimerons qu’il est nécessaire, pour des raisons humanitaires et autres, que des mesures soient prises ». On parle aussi de l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne mais qui, aux dires mêmes, des experts militaires serait très compliquée à mettre en place. Il n’y a pas actuellement de consensus au sein de l’OTAN en faveur d’un recours à la force. Et les européens seraient aussi divisés. La France l’exclut pour le moment mais les Britanniques, à qui la leçon irakienne n’a visiblement pas servi, n’hésiteraient sans doute pas à emboîter le pas à une intervention américaine avec ou sans la couverture de l’ONU.


Intervenir pour la démocratie…ou le pétrole ?

Pour la première fois depuis le déclenchement du mouvement de libération des peuples arabes, il est donc question d’une intervention militaire extérieure. Même face à l’enlisement des combats et à la dureté de la répression, rien ne permet d’affirmer qu’elle est souhaitée par ceux qui combattent le régime. Les témoignages sont pour le moins contradictoires. Un débarquement américain avec ou sans alliés serait d’abord vécu comme la volonté de contrôler la production pétrolière. Et l’on sait ce qu’il advient des projets américains d’imposer une certaine conception de la démocratie par la force. Pour s’y opposer, on espère, sans trop y croire, à un sursaut de la diplomatie européenne.

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