Les intérêts notionnels ou l’autodestruction de l’État

Trahison », « Voyou », « Déloyal » : l’ensemble du monde politique n’avait pas de qualificatifs assez durs pour stigmatiser l’attitude d’ArcelorMittal après sa décision de cesser ses dernières activités métallurgiques à Liège. Devant le spectacle de cette condamnation unanime on ne sait trop le sentiment qui domine : la naïveté, la rouerie, l’hypocrisie ou le cynisme. Car après tout, ce sont ces mêmes responsables politiques, de droite, de gauche et du centre qui ont mis en place les mécanismes qui ont permis à Monsieur Mittal d’agir comme il l’ a fait, en toute impunité et sans la moindre fraude. Le leader mondial de la sidérurgie a tout simplement utilisé ce que les états ont mis à sa disposition : des dispositifs fiscaux qui permettent d’éluder l’impôt et de jouir davantages divers sans la moindre contrepartie notamment en matière d’emplois.

Cela était dit et écrit dans la loi qui instaura en 2005 les intérêts notionnels : comment dès lors s’étonner et même s’indigner de ce que des patrons dont les intérêts sont naturellement d’abord financiers utilisent un arsenal aimablement mis à leur disposition pour multiplier les profits sans risques. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont accordé au patronat des milliards de réductions de cotisations sociales non seulement sans que cela pérennise l’emploi mais en sachant que cela creusait le déficit de la sécurité sociale. Cela n’ a pas suffi, il a fallu inventer les intérêts notionnels, ce mécanisme puisé dans l’arsenal du dumping fiscal. Il ne fallait tout de même pas avoir été le patron de la Bourse de Bruxelles pour savoir qu’on livrait à ses bénéficiaires la possibilité de gruger les états en toute légalité. Et la confusion politique est plus présente que jamais lorsqu’à Bruxelles le nouveau président du PS dénonce la trahison du sidérurgiste indien, alors que quelques heures pus tôt, à Davos, le Premier ministre socialiste venait de vanter les intérêts notionnels devant un parterre d’autres Mittal.


Un débat moral…

Vincent de Coorebyter l’a justement noté dans sa chronique du Soir : « Le débat qu’a entraîné la décision de Mittal a immédiatement pris un tour moral, proche de l’imprécation », écrit le président du CRISP qui poursuit : « On voit mal comment éviter d’autres désillusions économiques si l’on se focalise sur les choix de l’homme Mittal plutôt que sur les conditions qui les favorisent. ». Et c’est bien là que se situent l’aveuglement ou le renoncement pour les uns, la logique et la volonté de favoriser le profit à tout prix, pour les autres. L’hégémonie idéologique libérale qui domine aujourd’hui tout l’échiquier politique traditionnel n’a pas fini d’offrir à Mittal et à ses pareils les meilleures conditions de leur accomplissement.

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