Le pacte social, le syndicat et la presse « bourgeoise »

Pour une fois qu’un dirigeant syndical trouvait grâce aux yeux des éditorialistes-en-chef des quotidiens francophones dits « de référence », voilà qu’il se fait rabrouer par ses troupes… Et nos plumes éminentes et amoureuses de la concorde nationale de dénoncer pour l’une le « rouleau compresseur du PTB » et pour l’autre « une aile syndicale gangrénée par le (même) PTB. Vous aurez compris que Le Soir et La Libre Belgique analysent ainsi en finesse “l’affaire Verteneuil”.

Henri Gervex, 1909

Pour rappel, mercredi dernier le président de la FGTB rencontrait longuement le président du MR, Georges Louis Bouchez. En soi la rencontre était déjà étonnante d’autant qu’elle se déroulait au siège de la FGTB et à la demande de son président. Ce dernier précisait même au Soir : “je n’oserais pas dire que c’est historique, mais je ne suis pas loin de le penser”. Et les deux hommes de se féliciter de leur volonté commune de négocier un nouveau “Pacte Social”. Au sein de la FGTB, au niveau des militants comme des responsables de centrales, c’est la consternation et la colère. D’autant qu’il semble bien [1]que la question avait été évoquée au bureau de la FGTB où l’on avait décidé de ne pas utiliser l’expression. Ce qui se comprend aisément dans un contexte où le patronat tant francophone que flamand est bien décidé à faire payer le prix de la crise aux travailleurs et a déjà lancé une offensive radicale notamment sur la flexibilité et les congés. Dans ces circonstances, minauder avec le président d’un parti qui a mené ces dernières années la politique la plus réactionnaire que l’on ait connu depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale relève de l’inconscience ou de l’aveuglement. On se demande bien quel est, dans cette affaire, l’agenda personnel du président de la FGTB dont le sort est désormais suspendu aux décisions que prendront les instances syndicales. En tous cas, cette démarche qui affaiblit la position syndicale et risque de légitimer  le très droitier président du MR ne pouvait que plaire à une presse qui plaide depuis toujours en faveur de la “modération syndicale” et du “réalisme patronal”, la première étant généralement la victime du second. De plus, dans une vision complotiste de la politique, Le Soir comme La Libre entendaient dénoncer “la main visible” du PTB dans les ennuis de Robert Verteneuil. Cela ressort de l’obsession ou pire de la méconnaissance des rapports de forces syndicaux mais aussi de l’ignorance de la démocratie interne au syndicat. Dans ces propos qu’ils soient feutrés ou exaltés, on reconnaît bien ce que l’on appelait jadis “la presse bourgeoise”. L’expression est passée, la réalité demeure.

[1] Selon Bertrand Henne à l’émission CQFD du 5 juin (La Première-RTBF)

 

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