La nouvelle guerre froide des libéraux

Le bruit des claquements de porte estompé et les autojustifications plus ou moins convaincantes des uns et des autres déjà archivées, on ne retiendra que ce constat « objectif » : les temps n’étaient pas encore à des accords PS-PTB. Pour Ecolo, qui ne veut plus se situer sur l’axe gauche-droite et qui dans la logique du parti « pivot » choisit des majorités à géométrie variable, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. En concurrence électorale, à la fois adversaires et partenaires potentiels, le PS et le PTB n’étaient pas exempts d’arrière-pensées et portent donc, dans des proportions inégales, leur part de responsabilités dans cet échec. Même si force est de contacter que la machine de communication du PS a déroulé son rouleau compresseur dans les minutes qui ont suivi les échecs de négociations. Et que le PTB a finalement conclu un accord de majorité… en Flandre, à Zelzate indiquant ainsi qu’il n’est pas hostile par principe à la formation de coalitions. On analysera encore en détail et avec le recul cette séquence politique. Il est clair, en tous cas, que l’éventualité de majorités PS-PTB nécessitera un long temps de maturation que seuls des contacts et des débats pacifiés pourront encourager. Les prochaines échéances électorales du 26 mai n’y seront évidemment guère favorables.

Cela dit, on a vu à Zelzate combien l’accession du PTB à l’exercice du pouvoir, fût-il local, déchainait l’hostilité des droites en tous genres. La plus virulente fut, comme il se doit, celle de Bart Wever et de la NVA qui considèrent qu’il « est plus grave » de s’allier avec l’extrême gauche qu’avec l’extrême droite. Rien de très étonnant dans cette réaction qui est aussi un plaidoyer pro domo en vue d’éventuelles alliances avec le Vlaams Belang.   Du côté francophone, il y avait déjà eu la proposition du président du CDH, désormais auxiliaire du MR, d’un « cordon sanitaire » à l’encontre du PTB. Vint ensuite la campagne menée par le MR qui fait feu de tout bois contre la gauche radicale et tient des propos d’un anticommuniste digne de la période la plus dure de la guerre froide. La nouveauté est que cette ligne n’est plus celle de quelque franc-tireur libéral réactionnaire, mais qu’elle est assumée et défendue haut et fort par le président du MR ou le Premier ministre lui-même. Cette antienne qui veut assimiler extrême gauche et extrême droite est vieille comme le monde des droites les plus radicales et atrabilaires dont l’idéologie imprègne désormais les libéraux belges, y compris ceux qui jadis s’affirmaient « sociaux ».

Historiens, politologues et chercheurs[1] ont fait un sort à ce travestissement idéologique rappelant toutes valeurs qui opposaient les deux camps et l’hérésie historique que constitue cet amalgame. Résumant au mieux cette opposition, Edouard Delruelle a fait remarquer que contrairement à l’extrême droite, « le PTB ne veut pas remettre en cause la démocratie ! Ce qu’il veut, c’est remettre en cause le capitalisme. »[2]                                                                                                                          Faut-il le dire encore ici : le racisme contre l’universalisme, l’inégalité comme fondement contre l’égalité comme « étoile polaire », l’exclusion contre la fraternité, etc. Et historiquement comme idéologiquement, tout a toujours opposé d’une manière irréductible fascisme et communisme, la collaboration des uns et la résistance des autres durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré ses crimes de masse et sa dictature sanglante, Staline était bien l’allié contre Hitler et l’URSS a payé le tribut le plus lourd dans le combat contre le nazisme. Voilà pourquoi cette instrumentalisation de l’histoire entreprise par les libéraux s’apparente à de la falsification pure et simple. L’objectif est évident d’assimiler communisme stalinien, marxisme et gauche radicale afin de disqualifier le PTB et ceux qui songeraient à s’y allier.

La semaine dernière les libéraux ont tenté de faire passer une proposition de résolution en Fédération Wallonie Bruxelles qui visait à  « sensibiliser   aux crimes commis par les régimes communistes en milieu scolaire et associatif ». Ladite proposition rejetée par le parlement de la Communauté Française exigeait notamment de celle-ci « qu’elle cesse de subventionner des associations qui refusent de reconnaître les crimes communistes en les niant, en les minimisant voire même en les justifiant. » Là encore on voit les amalgames possibles et la volonté d’affaiblir tout mouvement qui conteste l’ordre établi. D’ailleurs les libéraux signataires de cette proposition ne cachaient pas la motivation première de leur initiative : aller à l’encontre du « succès grandissant des mouvements d’extrême gauche en Communauté Française ». Cette initiative a échoué, mais l’objectif proclamé demeure et il faut s’attendre à une campagne électorale de la droite libérale où tous les coups seront permis. Le gouvernement le plus réactionnaire que la Belgique ait connu depuis des décennies sait qu’il devra rendre des comptes lors des scrutins régional, législatif et européen de mai prochain. Il usera de tous les moyens pour tenter de décrédibiliser une opposition radicale qui s’affirme et s’incarne, que cela plaise ou non, dans le PTB. Et la droite libérale dominée idéologiquement par son partenaire de la NVA a choisi pour ce faire de mener une nouvelle guerre froide. Le spectacle en est à la fois pathétique et inquiétant.

 

[1] Voir les déclarations en ce sens de Pierre Verjans, Edouard Delruelle, Carl Devos et même Pascal Delwit dont on connaît les préventions à l’égard du PTB.

[2] L’Avenir 17/10/2018

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