L’impossible réforme bancaire

On célébrait hier – si l’on peut dire – le deuxième anniversaire de la faillite de la banque Lehman Brothers qui avait entraîné la crise financière de 2008. Deux ans plus tard on a l’impression que le système n’a pas vraiment retenu les leçons de la catastrophe financière. En dépit des grands discours sur la régulation et le contrôle bancaire, les pratiques qui ont conduit à la faillite n’ont jamais cessé ou ont repris de plus belles. Les activités spéculatives restent dominantes, les bonus extravagants sont toujours versés pendant que les pertes d’emplois se multiplient. Y compris dans un secteur bancaire qui a pourtant renoué avec des profits très élevés, grâce, faut-il le rappeler, à l’injonction massive de fonds publics.

On peut noter, par exemple, que Dexia qui a enregistré un milliard d’euros de bénéfice en 2009 et 469 millions au premier semestre de cette année, vient d’annoncer un plan de licenciement de 665 personnes dont 385 rien qu’en Belgique. Plus largement l’Europe est en retard sur les États-Unis quant à la réforme boursière et bancaire. Une Europe qui en dépit de la crise qu’elle connaît demeure décidément plus attachée que les Américains aux principes et aux pratiques de l’ultra libéralisme. Certes, cette semaine les régulateurs des 27 ont décidé de relever le niveau des fonds propres des banques pour répondre aux pertes éventuelles. Si le prochain G20 confirme la décision, on va passer d’un ratio de capital propre de 2 à 4,5 % avec 2,5 % supplémentaire à partir de 2016. Mais pour plus d’un observateur, c’est insuffisant pour modifier les prises de risques des banques dans les activités spéculatives.

En fait, les décideurs européens n’ont pas résisté au chantage du lobby bancaire qui face à l’éventualité de nouvelles contraintes menace toujours de réduire l’octroi de crédit aux entreprises et aux particuliers, ce qui est théoriquement leur raison d’être et leur mission première. De même l’Union tente timidement d’encadrer le marché des produits dérivés, notamment ceux des crédits hypothécaires qui avaient provoqué la crise de 2008 ou encore de surveiller plus attentivement les ventes à découvert, celles qui consistent à vendre des titres que l’on ne possède pas pour tirer profit de sa baisse et que l’on devrait tout simplement interdire. Mais ici encore les régulateurs sont d’une timidité qui ne résiste pas vraiment à une machine bancaire et boursière décidément indécrottable. Alors que l’on commence seulement à payer le prix de la crise de 2008, tout est toujours en place pour que les mêmes causes produisent demain les mêmes effets.

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