Cathos et calotins, laïcs et laïcards

L’entretien que Jean-Michel Javaux a accordé au Soir [[du 30et 31 janvier 2010]] (à la demande du quotidien) et consacré à ses choix et pratiques spirituelles a fait couler beaucoup d’encre et de salive. [[Y compris sur les Blogs de Politique]] On peut tenter aujourd’hui un bilan des controverses. J’ai déjà eu l’occasion, lors d’un débat, de préciser que je trouvais cet entretien à la fois intéressant, significatif et problématique à certains égards. Intéressant car les propos sont d’une élévation certaine et explique un engagement plus global au nom de certaines valeurs qui ne sont pas les mêmes que celles d’autres membres de son propre parti. Significatif au moment où l’on discute beaucoup – et souvent dans la confusion – de la place du religieux dans la société. Et problématique dans la mesure où, d’une part, le président d’Ecolo mettait en cause ou en doute les croyances ou les pratiques religieuses de responsables politiques d’autres partis (du CDH principalement) et où d’autre part, il participait à ce mouvement qui veut que désormais les hommes et femmes publiques étalent avec complaisance les bonheurs et malheurs de leur vie privée.


Assises des jeunes. Photo Catho.be 2009

On a dit que Jean Michel Javaux n’avait peut-être pas mesuré tout l’impact d’une telle interview que Le Soir a mis en exergue avec beaucoup d’insistance. Peut-être, mais Javaux est un communicant aguerri et performant qui n’hésite pas, par ailleurs, à pratiquer le mélange des genres et à participer à toute sorte d’activités médiatiques qui ressortent plus du spectacle que de la politique. Il donna même l’aval d’Ecolo au « divertissement de service public » en participant à l’émission « Les 12 travaux de Michel Darden ». Mais ceci est une autre histoire. En tous cas, le dirigeant des Verts n’est pas un naïf médiatique.

Les réactions qui ont suivi ont ranimé de vieux débats aux senteurs parfois nostalgiques du XIXe siècle. Certains exhumaient même le spectre du
« parti calotin » comme si les convictions religieuses de son Président avaient influencé la ligne politique de son parti. Certes les valeurs auxquelles on adhère ne sont heureusement pas étrangères au programme que l’on défend. Mais si Jean-Michel Javaux raconte qu’il a un jour acheté un test de grossesse dans une pharmacie de Lourdes, cela ne l’aurait pas empêché, comme parlementaire, de voter en faveur de la dépénalisation de l’avortement et de l’euthanasie, tient-il à préciser. Ce qui, en l’occurrence, peut bien être considéré comme une approche laïque des convictions religieuses. De tous les échanges qui se sont multipliés en divers lieux a d’ailleurs ressurgi cette différence fondamentale entre la laïcité militante qui défend des convictions philosophiques qui peuvent être radicales (et même parfois aussi sectaires que les dogmatismes religieux) et la laïcité politique qui revendique la non interférence non pas des idées mais des structures confessionnelles dans la décision politique et l’organisation de l’état. En résumé s’il y a cathos et calotins, il y a aussi laïcs et laïcards…
Cela dit, il n’est pas interdit de rappeler que si Ecolo est aujourd’hui sans conteste un parti pluraliste sur le plan philosophique, ses origines sont plutôt marquées par la matrice sociologique chrétienne. Et que, par ailleurs, s’ils sont devenus poreux et moins puissants, les « piliers » continuent de rythmer plus d’un aspect de la société belge et des partis politiques qui la composent….

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