La grève, les otages et le chevalier blanc

C’était en début semaine, au moment de la grève à la SNCB. J’entendais un des champions du service minimum se lancer à l’assaut des syndicats archaïques, non représentatifs et, qui plus est, preneurs d’otages. Notre chevalier blanc, coutumier des foucades et des rodomontades, semblait considérer la grève comme l’ultime atteinte aux droits de l’homme dont il est un fervent défenseur. Enfin ce n’est pas tout à fait exact : soyons de bon ton, rectifions ! Notre homme proposait qu’en cas d’arrêt de travail dans le service public des chemins de fer, les trains circulent deux ou trois heures le matin et deux ou trois heures le soir ; il restera bien 20 heures pour faire grève, disait-il.

Que voulez-vous de plus ? Vous imaginez : une grève de 20 heures à 5 heures du matin. Voilà au moins une forme de grève civilisée en accord avec la modernité et l’air du temps. Voilà de quoi faire trembler la direction et une manière irrésistible d’imposer de nouveaux rapports de force. Pourquoi ne pas faire comme au Japon : on met un brassard pour dire qu’on est en grève mais on travaille quand même pour le respect de l’usager et du patron. Faire grève aux chemins de fer quand les voyageurs ne circulent pas, c’est un peu comme projeter un film à l’extérieur en plein soleil. On sait que quelque chose bouge sur l’écran mais on ne voit rien. D’une efficacité redoutable.

Et puis il y a le fameux mot « otage ». Les syndicats « prennent en otage ». Les patrons, les gouvernants, les électriciens ou les pétroliers eux ne prennent jamais en otage : ils assurent la bonne gouvernance ou répondent à l’attente de leurs actionnaires comme on dit. Non le mot «otage» est réservé aux syndicats. Et le choix des mots est aussi important que les discours qu’ils composent. « Otage », un mot que certains utilisent depuis longtemps pour dévaluer toute action revendicative, un mot encore plus connoté depuis que les terrorismes divers occupent le devant de l’actualité ; on ne dit pas encore « terrorisme syndical» mais on n’en plus si loin. Au fait, on ferait mieux de se pencher sur le «terrorisme économique» qui en spéculant sur les denrées alimentaires prend bien, lui, l’humanité entière en otage.

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