Les « entourloupes » de Paul Magnette

Attention Paul Magnette est « terriblement en colère » ! Il le dit dans un entretien publié ce samedi 27 mars par Le Soir. Le président du PS est en colère contre la FEB et à 200 % avec les grévistes du 29 mars parce que, dit-il, ce mouvement n’est pas dirigé « contre le gouvernement, mais (est) une mobilisation pour mettre la pression sur les employeurs ». Ici une première « entourloupe » de Paul Magnette : certes le patronat bloque un accord salarial (et l’augmentation des basses allocations et pensions), mais en s’appuyant sur la loi de 1996 (modifiée en 2017 par le gouvernement Michel) qui fixe la norme salariale et que le gouvernement auquel participe le PS ne veut pas changer. La saine colère de Paul Magnette contre la FEB qui refuse de discuter d’augmentations salariales y compris dans des secteurs qui en ces temps de crise distribuent des dividendes serait plus crédible si elle concernait aussi ce gouvernement qui fait jusqu’ici cause commune avec le patronat. Voilà une colère plutôt schizophrénique…

Mais le président du PS est aussi « en colère » contre le PTB. Il pilonne le parti de la gauche radicale tout en affirmant : « jamais, jamais je ne me positionnerai par rapport à eux ». S’en suit une volée de critiques et d’accusations dont certaines sont carrément infamantes : notamment celle qui concerne « la manière dont ils (le PTB) utilisent l’argent public dans les maisons médicales » invitant les journalistes à faire leur travail à ce sujet…  La critique de l’adversaire-concurrent est de bonne guerre et même légitime en politique mais elle doit nourrir un débat et ne pas se limiter à des anathèmes.

Paul Magnette perd son sang-froid. La proposition de loi signée par Raoul Hedebouw et le socialiste Marc Goblet qui vise à rendre la norme salariale « indicative » ? « Je ne l’ai même pas lue ! » dit Magnette d’une manière un peu infantile. « Le PTB est d’un inintérêt complet. Sur le plan idéologique, il n’y a pas une seule de leurs idées qui soit originales (…) elles viennent toute du patrimoine socialiste démocratique » ajoute Paul Magnette. Le PTB y répondra peut-être. Mais là, le propos est significatif, car s’il pense ce qu’il dit, Magnette devrait se féliciter de voir la gauche radicale reprendre et porter ces revendications historiques comme la défense de la sécu, la médecine gratuite, le logement public entre autres. À noter d’ailleurs que dans un récent sondage[1], une majorité de personnes interrogées estimaient qu’aujourd’hui c’est le PTB qui le plus à même de défendre la sécurité sociale. Et puis le président du PS aurait à s’interroger : n’est-ce pas précisément parce que la sociale démocratie convertie au social libéralisme a abandonné ces combats que les électeurs, dans les urnes et les sondages, soutiennent un PTB qui se bat pour ces valeurs historiques de la gauche ? La montée en puissance de la gauche radicale est aussi la conséquence de la démission des socialistes en Belgique  comme ailleurs. S’il veut bien s’abstraire un instant de la polémique, le professeur Magnette pourrait peut-être s’interroger sur les causes du déclin de la social-démocratie et de l’épuisement de son rôle historique.

Paul Magnette répète par deux fois dans cet entretien « qu’il ne se positionne jamais par rapport au PTB ». Oui, mais son problème aujourd’hui est bien que de plus en plus de citoyen.ne. s, y compris des électeurs socialistes ont décidé, eux, qu’ils voulaient se « positionner par rapport au PTB ». Et on constate que ce n’est pas dans le sens souhaité par le président du PS.

 

[1] Le Thermomètre de Solidaris, 2021. Voir La Libre Belgique du 26/01/2021 :

« La population de Wallonie et de Bruxelles a été sondée sur la foi qu’elle place dans les différentes formations politiques en matière de capacité à défendre un système fort de sécurité sociale. Sur un échantillon de 1000 personnes interrogées, il apparaît que c’est le PTB qui arrive en tête (avec un score de 31 %) ». Le PS suit à 20 %.

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11 réponses à Les « entourloupes » de Paul Magnette

  1. Jean Moulin dit :

    Excellent commentaire que je partage ! Le président Magnette qui prétend ne pas s’intéresser au PTB est plutôt obsédé par celui-ci… La montée importante du PTB dans les sondages d’opinion explique évidemment cette poussée de fébrilité.
    Quant à ses élucubrations — éculées d’ailleurs — sur le marxisme, le socialisme et le communisme, elles sont d’une pauvreté intellectuelle indigne d’un professeur d’université.

  2. Heinen Jean François dit :

    Bien d’accord sur tout ceci sauf que, cher Hugues, vous le savez, il n’y a pas de « bonne guerre »
    Perso j’évite ce vocable – comme les anglicisme- et me bats (sans appartenance partidaire) pour la défense de la Sécu
    Bien amicalement
    JF HEINEN

  3. LALANDE dit :

    Bravo pour cette critique de Paul Magnette et de ses paroles incohérentes !
    Mais je n’ aime toujours pas l’écriture inclusive, beurk!

  4. Monsieur Goblet est un vrai socialiste contrairement à Monsieur Magnette qui n’exerce que dans des salons

  5. Luc Dardenne dit :

    Cher Hugues, il me semble que Paul Magnette est précisément le social-démocrate anti social-liberal que beaucoup de socialistes de nombreux pays européens aimeraient voir à la tête de leur parti. Il me semble que le PTB monte dans les sondages parce qu’il ne participe à aucun gouvernement et active une polarisation populiste de notre société. Cette polarisation pourrait mener à une expression politique telle que celle du Podemos « social-democratisé » en Espagne mais malheureusement je pense, comme le Président du Parti Socialiste, que la rhétorique actuelle du PTB les enferme dans un refus de toute « compromission ». Finalement, n’est-ce pas la stratégie de Paul Magnette : parvenir à scinder le PTB entre ceux qui resteront dans l’idéologie sectaire et ceux qui comprendront qu’il faut « se compromettre » pour réformer la société, et donc faire alliance avec le PS? En résumé, je pense que la colère de Paul Magnette est la bienvenue. Amitiés. Luc

    1. Corbisier dit :

      Je ne le crois pas…je ne suis certainement pas PTbiste ,mais je pense que l’initiative de Marc Goblet va dans le bons sens…Sans doute le PTB veut-il éviter toute compromission…tout en restant belgicain (ce que je lui reproche ,car fédéraliste)…Je ne crois pas que le PTB va se scinder..sauf si la démocratie-socialiste évolue (j’utilise volontairement ce terme pour l’opposer à la social-démocratie)…Comment comprendre Magnette et ses amis français…si ce n’est au travers de l’image qu’il veut donner de Charleroi (positive selon moi) Mais Charleroi n’est pas Paris …Et il a d’étonnantes « amitiés ».Je suis assez d’accord avec la conclusion d’Hugues Lepaige …tout en regrettant que cela va entraîner la Wallonie (et la Belgique ,sûrement) vers la Droite…mais on ne sait jamais…au pays du surreéalisme!

    2. Hugues Le Paige dit :

      Cher Luc,j’ai beaucoup d’estime pour l’intellectuel souvent brillant que peut être Paul Magnette. C’est bien pour cela que je regrette que parfois il ravale le débat à de la pure polémique politicienne ( du style à propos de la proposition Hedebouw-Goblet « je ne l’ai même pas lue… ») Et bien sur, son discours n’est pas social-libéral. Mais le problème pour lui -et encore plus pour lui que pour d’autres, étant donné précisément sa stature intellectuelle- c’est bien le divorce entre le discours et la pratique. C’est une constante dans l’histoire de la social-démocratie – que Marcel Liebman avait parfaitement analysée dans son œuvre d’historien du mouvement ouvrier belge. Mateo Alaluf y revient avec pertinence dans son ouvrage qui vient de sortir « La socialisme malade de la social-démocratie » (Editions Syllepse/Page2) et sur lequel je reviendrai rapidement dans le Blog-Notes. Le PS a été au gouvernement sans interruption de 1988 à 2014 ( un record sans précédent) et a même occupé la poste de Premier ministre. Le bilan est cruel : modération/blocage salarial, réduction des cotisations sociales, flexibilité du travail, « état social actif », privatisations ( les fameuses « consolidations stratégiques » chères à Elio Di Rupo), atteintes aux retraites et aux allocations de chômage. Bref tout le contraire de ce qui avait été la gloire et l’honneur de la social-démocratie d’antan. Certes l’offensive ultralibérale était passée par là. Mais fallait-il que cette social-démocratie intègre ces « contraintes » avant des les assumer et de confondre son programme avec celui de la droite libérale au nom de la compétitivité et de la « modernisation » mondialisée ? Des partis comme le Labour de Blair et le SPD de Schröder ont adapté leurs discours à leurs pratiques. Le PS, lui,se revendique toujours la la charte de Quaregnon et de la lutte des classes et chante l’Internationale à la fin de ses congrès…tout en justifiant sa présence dans des coalitions à majorité réactionnaire au nom du « sans nous ce serait pire ». Au nom du pragmatisme et du réalisme, la social-démocratie s’est fondue en pratique dans le social libéralisme quel que soit le discours avec lequel elle habille ce « transformisme ».
      Alors venons en au PTB. L’accusation de « populisme » sert aujourd’hui à disqualifier toute attitude radicale. Il est heureux que ce parti prenne en charge la colère populaire qui ailleurs, faute d’alternative, se perd dans l’extrême-droite. Cela ne signifie pas que le PTB soit exempt de critiques sur l’un ou l’autre aspect de sa propagande.
      Quant à la question de « prendre ses responsabilités », elle est ouverte et j’imagine que le débat n’est pas tranché. Je pense que le principe du « compromis » – en fonction d’un rapport de force qui le justifie et permet de réaliser des ( je dis bien « des ») points essentiels de son programme est à l’ordre du jour de ce parti même si cela peut comporter des « révisions déchirantes ». Dan son histoire,la social-démocratie elle-même, et le POB en particulier, y ont été confrontés. Mais effectivement « compromis » n’est pas « compromission ». Et j’ajoute qu’aujourd’hui les revendications fondamentales du PTB en matière socio-économique sont tout simplement celles qui ont fondé la social-démocratie… Enfin si Paul Magnette pensait ( mais je ne crois pas qu’il le pense) qu’il pourrait détacher la partie « non sectaire du PTB » pour qu’elle rejoigne le PS, il inverserait la question. Pour l’instant c’est plutôt le PTB qui est en mesure de solliciter – et de gagner – l’adhésion de ceux qui au PS demeurent fidèles aux valeurs de la social démocratie, de ceux qui se battent toujours – notamment à la FGTB- pour les réformes de structure. Voilà Cher Luc, quelques réflexions que j’espère pouvoir poursuivre avec toi et bien d’autres – le plus rapidement possible- de vive voix,. Amitiés. Hugues

  6. Justine Delgoffe dit :

    N’oublions pas la trahison du CETA.

    Au lieu de signer ce traité et ces cours d’investissements incompatibles avec l’Accord de Paris et le Changement Climatique, le PS aurait dû remballer la ministre pleurnicharde au Canada, avec du goudron issu de leurs sables bitumeux et des plumes.

  7. Les faits et rien que les faits ?
    Non Mr Magnéte et Di Rupo ce sont des actes et des conséquences !

  8. GROSJEAN dit :

    Magnette est responsable du déclin de la Belgique comme tous ceux qui ont géré avant , si on en est la ????? c est a cause d eux de leur dictature

    1. Chris Lvr dit :

      Ouep,
      Le capitalisme européen et même américain est au bord du gouffre, les états et banques centrales sont en faillite. Ce qui justifie qu’ils privatisent tout le service public et se remplissent les poches au passage.
      Le totalitarisme s’installe, les incohérences sanitaires, sociales (très cohérentes coté macroéconomie) s’enchaînent à coup d’arrêtés ministériels antidémocratiques.
      Et la loi pandémie sera le coup de grâce qui, cumulée aux résolutions de Reynders d’établir un tribunal Européen dont on peut douter du caractère indépendant, et la loi condamnant les lanceurs d’alerte concernant les affaires d’états à 5000€ d’amende +1an de prison, pourrait transformer la belgique en un état des états unis d’Europe où tout se décide entre politique et richissimes privés.
      Ce qui signera probablement la fin de ce dont nous étions si fier, notre sécurité sociale.
      Atrendez voir big pharma venir fixer le prix de vos médicaments.

      Et je vous invite à lire la définition wikipédia de la 4ème révolution industrielle qui nécessitera 5g (6g en cours de recherche selon professeur Raskin), et sera implantée sans nous demander notre avis évidemment.
      Lisez et posez vous la question de l’impact social et climatique.
      L’avenir s’annonce sombre si on ne le prend pas en main.

      Surtout si les capitalistes occidentaux se noient dans leurs bulles spéculatives, les USA feront ce qu’ils font depuis des décennies pour rester au top envahir les produits pétroliers, sauf que l’or noir d’aujourd’hui est le silicium et les métaux nobles, donc bolivie (dejà sous tutelle usa) et …. la chine, qui fait comme par hasard l’objet de toute l’attention des américains.

      Pendant qu’en parallèle la Belgique achète des F35 et recrute massivement pour l’armée qui, vous noterez est le seul secteur pour qui la FEB n’a pas bronché de voir une augmentation salariale en temps de pandémie…

      Enfin bref, je veux pas me montrer alarmiste, mais en plus d’un penchant très prononcé pour la droite de l’europe, il y a beaucoup beaucoup de conflits d’intérêts…

      (Et je n’aborde même pas les thèmes pandémie/vaccin, ni le volet climatique qui pourraient mériter leur chapitre eux aussi.)

      Toujours aussi fan du capitalisme ?

      « Perso je préférerais qu’on règle le soucis climatique autrement qu’en tranchant drastiquement dans la démographie mondiale, ou en devenant objet de répression pour un état que je méprise ou finir ma vie en mode Germinal 2.0. »

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