La neige, la télé et le poujadisme climatique

Il neige…en hiver ! Voilà le scoop qui nous a valu des kilomètres médiatiques de banalités, de perles enfilées avec la légèreté de poids lourds en file indienne : plus de 20 minutes de JT pour la répétition inlassable d’images identiques, de commentaires qui tentent désespérément d’échapper à la grisaille météorologique. Et, à n’en plus finir, les témoignages des « usagers » exaspérés qui affirment, sans être vraiment contredits, que l’épandage n’a pas eu lieu puisqu’ils n’en ont pas vu les opérateurs sur « leur » route, ou que, comme d’habitude, la SNCB n’avait pas prévu le coup et « n’informait pas »… On comprend évidemment l’exaspération de ceux qui se sont trouvés « otages » non pas d’une grève, pour une fois, mais de la météo. Votre serviteur a lui-même attendu longuement ce matin un train qui n’est jamais arrivé et qui donc n’est jamais parti… Mais il a pu aussi constater l’extraordinaire bonne volonté et l’indéfectible patience d’ « agents » du service public tentant d’expliquer qu’il n’est pas en leur pouvoir de gouverner le mauvais temps…


Il neige…en hiver

Bref, à la fin du JT, il restait à peine quelques secondes pour expédier le conclave budgétaire et enfumer brièvement celui qui se déroule de l’autre côté du Tibre. Non pas que nous soyons impatients d’apprendre quelles nouvelles mesures d’austérité seront certainement adoptées par le gouvernement malgré l’indéfectible résistance de la vice première ministre à « cette Europe qui se trompe souvent ». Et nous ne sommes pas plus convaincus qu’une fumata nera ou bianca changera fondamentalement le sort du monde, mais tout de même, cela méritait peut-être un peu plus d’attention. Bien entendu, on pourrait aussi épiloguer longuement sur notre incapacité absolue à admettre les dérèglements hasardeux et incontrôlables des lois naturelles et leurs conséquences sur un système de services publics dont, dans l’ordinaire du quotidien, nous nous soucions peu du sort et du financement. Mais ce qui frappait, une fois encore, ce soir, c’était ce mélange étrange de mimétisme et de surenchère qui gouverne la télévision. Loin de la distance et de la contextualisation, convaincu d’être ainsi en phase avec son ‘audience’ l’éphémère médiatique préférait privilégier une sorte de poujadisme climatique…

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