DSK : les mots sont las

Les mots sont las, épuisés, éreintés. Dans l’affaire DSK ils sont comme impuissants à rendre compte des étapes qui conduisent de la sidération au doute ou à l’indignation, selon le parti que l’on adopte jusqu’ici sans connaissance de cause. Les mots qui fusent encore de partout comme si l’on ne pouvait s’empêcher de commenter l’indicible, les mots sont morts, exécutés par les images blafardes de la télévision. Comme si le verbe ne pouvait plus rien pour tenter de comprendre le sens d’un événement qui à la fois nous échappe et nous agresse.


Nemesis, la déesse de la vengeance…

Et pourtant, ici dans cette chronique comme dans le bistrot d’un petit village de France d’où je vous parle, on continue d’en parler pour conjurer cette sorte de double monstruosité possible dont on ne connaît pas encore la vérité qui la désignera une. Celle d’une femme victime du pire crime commis après celui qui enlève la vie. Ou celle d’un homme victime d’une erreur ou d’une manipulation qui le voue d’ores et déjà aux enfers. On a tout dit et redit sur la mort médiatique de Dominique Strauss-Kahn qui a déjà sanctionné sa fin politique ( il ne s’agit pas ici du jugement sur sa politique), sur la violence de la procédure judiciaire américaine ou sur les comportements de DSK prometteurs de scandales. Polémique dans la polémique : ici on s’interroge à présent à longueur de colonnes sur la responsabilité de la presse qui savait ou aurait du savoir et dénoncer les comportements harceleurs, voir prédateurs d’un candidat à la magistrature suprême de son pays. Avec le risque de passer d’un laxisme complaisant à la terreur d’une transparence inquisitrice.

S’il s’avère que DSK est coupable, il y aura aussi à s’interroger sur l’origine de cet acte criminel qui est aussi un acte manqué, acte suicidaire et mortifère, dernier geste peut-être pour éviter – à quel prix sur la vie d’une autre – un destin dont on se demande toujours s’il en voulait vraiment. Quand, je vous disais que les mots peinent à embrasser le réel… Les images, elles vont continuer à sévir et à servir. On voit déjà la composition du tableau suivant : la mine hagard d’un héros déchu dans la nuit bleutée d’un commissariat new-yorkais contrastant avec le regard attendri d’un futur père-président sur le ventre arrondi de sa belle. La guerre n’est pas finie entre la série télévisée et le roman de gare.

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