De Sarkozy à Juncker : décomposition et provocation

La même mâchoire crispée, la même arrogance qui bascule dans le mépris et la haine des magistrats (« les petits pois »), l’obsession du complot manigancé par les juges « rouges » : l’autre soir, sur TF1, Sarkozy avait plus qu’un air de famille avec Berlusconi. La tactique est toujours la même chez l’ancien président (comme elle l’était chez le Cavaliere) : dénoncer l’acharnement judiciaire pour éviter de répondre aux chefs d’inculpation d’une gravité exceptionnelle (et totalement inédits pour un ancien chef d’Etat dont l’image sera désormais inséparable de sa garde à vue). Pour Sarkozy, comme pour Berlusconi, il s’agit toujours de transformer les chefs d’accusation – et le débat politique qu’ils devraient entrainer- en referendum sur sa personne. Les deux hommes ont aussi en commun d’avoir effacé les frontières entre vie privée et vie publique dans une absence de « surmoi » où ils rivalisent.

Les observateurs politiques français semblent découvrir cet aspect de « l’italianisation » de la vie politique française. Elle n’est pourtant pas neuve. [[ On l’évoquait déjà sur ce Blog-Notes en novembre 2010 : voir « Les soubresauts du sarkoberlusconisme » (18/11/2010)]] Elle illustre, en tous cas, une véritable décomposition de la Ve république. La droite est plongée dans les affaires tandis que ses dirigeants se livrent une guerre sans merci. Toute la hargne de Sarkozy dont le calendrier de rentrée politique est bousculé par ses péripéties judiciaires (qui risquent bien de se multiplier) en est une illustration parmi d’autres.

Mais la majorité n’est pas en reste : avec son « socialisme de l’offre » et son austérité de 50 milliards, le pouvoir hollando-valsien se débarrasse consciencieusement de sa base historique. La présidence s’entoure de conseillers issus du monde financier et bancaire [[Le nouveau « sherpa » de François Hollande n’est autre que Laurence Boone ancienne responsable du département Europe de Bank of America- Merryl Lynch et connue pour son opposition à la régulation financière]] tandis que le premier ministre se plie à tous les exigences du MEDEF. Ce qui pourrait se solder par un véritable un suicide politique de la gauche est sans doute un autre aspect de l’italianisation de la vie politique française.

Pendant ce temps, en rangs serrés, les responsables du social libéralisme européen, François Hollande et Matteo Renzi en tête, applaudissent avec enthousiasme la désignation de Jean Claude Juncker comme président de la Commission. Certes, ils justifient leur attitude par le respect de la volonté et des prérogatives du Parlement Européen mais quel signal ! Alors que les citoyens européens ont manifesté massivement leur rejet de cette Europe ultra libérale, la désignation de l’ancien premier ministre luxembourgeois prend l’allure d’une provocation. Celui qui pendant 18 ans, a défendu bec et ongles son paradis fiscal et son secret bancaire est désormais le plus haut responsable de l’Union Européenne. Pouvait-on trouver un symbole plus fort ?

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