Italie 2026 : répétition générale

En septembre 2026 Giorgia Meloni fêtera le 4e anniversaire de son arrivée au Palazzo Chigi, siège du gouvernement italien : un record de longévité. Et il y a tout lieu de penser qu’elle ira jusqu’au bout de la législature, les prochaines élections législatives devant se dérouler en septembre 2027. La dirigeante des Fratelli d’Italia se maintient au pouvoir avec un taux de popularité exceptionnel de plus de 40 % d’opinion favorable tandis que sa formation demeure et de loin le premier parti italien avec des sondages récurrents qui la placent à plus de 30 % d’intention de vote. Sa stratégie d’union de l’extrême droite et de la droite traditionnelle reste solide en dépit de divergences régulières entre les partis qui la composent (La Lega et Forza Italia). Une stratégie qu’elle continue de promouvoir au sein de l’Union Européenne et qui trouve un écho favorable au sein du PPE (Démocrates-chrétiens) toujours disposé à former une majorité alternative notamment pour réduire au maximum la portée du Green Deal. Sans oublier la forte complicité qui lie Meloni à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.[1]

Un bilan économique truqué

En matière économique, le succès que revendique la Première Ministre repose sur une supercherie. Ce qui n’empêche pas la presse internationale (notamment française) d’en faire un exemple de réussite. Certes, le déficit a été réduit, mais essentiellement grâce à la manne du plan de relance de l’Union dont l’Italie est la première bénéficiaire. Le chômage a diminué, mais au prix d’une flexibilité de l’emploi encore accrue. Le budget de 2026 est l’un des plus inégalitaires en Europe. De ce point de vue, le gouvernement Meloni ne fait que poursuivre, en l’aggravant, les politiques austéritaires menées depuis des décennies notamment par les gouvernements dits « techniques » (toujours appuyés par le Parti Démocrate de centre-gauche). Depuis 1990 les salaires réels ont constamment diminué. En 30 ans, dans le revenu national, la part des salaires a diminué de 10 points en faveur des profit et des rentes. Il faut encore ajouter que l’Italie n’a pas de salaire minimum, qu’en matière de revenus, les disparités régionales sont fortes et que près de 10 % de la population est en situation de pauvreté absolue. L’habileté politique de Giorgia Meloni et sa communication agressive ne suffisent pas à expliquer qu’elle arrive à transformer ce sombre bilan en succès salué par les médias et intégré par une grande partie de la population. La guerre idéologique et culturelle qu’elle revendique repose sur l’héritage de 20 ans de berlusconisme qui avait déjà anesthésié un centre gauche converti au social-libéralisme et qui avait réussi à hyper individualisé la société italienne.

Les faiblesses de l’opposition

Face à cette situation, l’état de l’opposition reste faible. Le PD, les Cinque Stelle et la Sinistra Italiana-Verdi per l’Europa peinent à forger un programme alternatif crédible et mobilisateur. À la tête du PD, Elly Schlein tente vaille que vaille d’ arracher son parti des ornières du social-libéralisme. Mais elle est doit faire face à l’opposition interne des « réformistes » qui en sont restés à la politique libérale de Matteo Renzi et aux différentes baronnies qui ne songent qu’à reprendre le pouvoir au sein du parti. L’automne dernier, six scrutins régionaux ont donné des résultats mitigés. Chaque camp a conservé les régions qu’il gouvernait déjà : Toscane, Pouilles et Campanie au centre — gauche, Marches, Calabre et Vénétie à la coalition gouvernementale. À noter que le centre-gauche l’a emporté lorsqu’il se présentait uni avec l’appui de certains centristes. Pas de quoi tirer des conclusions définitives. Mais le véritable vainqueur a été l’abstention qui a frôlé le taux record de 60 %.

Raies de lumière et inconnues d’un référendum

Dans ce tableau noir, quelques raies de lumière tout de même. Entre septembre et novembre dernier, une mobilisation sans précédent a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de manifestants en solidarité avec la Palestine. S’inscrivant dans une vieille tradition pacifiste historiquement issue des mondes communiste et chrétien, c’est toute une jeunesse qui s’est mobilisée sur des positions radicales[2]. L’organisation d’une grève générale très suivie et de nombreuses actions contre la politique socio-économique ont complété cette mobilisation du mouvement social qui ne trouve pourtant pas de véritable expression politique.

Reste en ce début 2026 une inconnue. Le referendum sur la réforme de la justice voulue par le gouvernement et qui aura vraisemblablement lieu les 22 et 23 mars[3]. Cette réforme s’inscrit dans l’offensive de Giorgia Meloni contre la Constitution de 1948 et en faveur du renforcement du pouvoir exécutif. Pour rappel[4], jusqu’à présent, l’indépendance des magistrats était protégée par ce texte fondamental particulièrement progressiste et soucieux d’établir des contre-pouvoirs. Les magistrats du siège qui jugent et les magistrats du parquet, les procureurs qui accusent, faisaient partie d’un seul et même corps et pouvaient dans leur carrière passer d’une compétence à l’autre. Mais le plus important est qu’ils dépendaient du Conseil Supérieur de la Magistrature, organe autonome et non pas du ministère de la Justice. C’est bien là l’enjeu fondamental de la réforme. La constitution de deux Conseils Supérieurs de la Magistrature et d’un Haut Conseil de discipline confirme la volonté de réduire l’indépendance des juges. Le débat parlementaire n’avait apporté aucune modification au texte. Tous les amendements de l’opposition avaient été rejetés sans exception. Meloni rêve de prendre une revanche contre une magistrature qui a notamment fait obstacle à certains aspects de sa politique migratoire, contraires au respect des droits humains. En dénonçant les « toges rouges », elle reprend la vieille bataille menée alors par Silvio Berlusconi.

Cette campagne référendaire réussira-t-elle à mobiliser au-delà d’une importante minorité concernée ? Le référendum se transformera-t-il en question purement gouvernementale, voire en plébiscite ? L’issue ce cette forme de consultation populaire comporte toujours son lot d’incertitudes et même de surprises. En tous cas, la suite du parcours de Meloni dépendra aussi du résultat de ce référendum.

 

 

 

[1] La gestion ambiguë de la politique étrangère de Giorgia Meloni fera l’objet d’un prochain Blog-Notes

[2] Autre signe plus circonscrit de cette mobilisation, mais loin d’être anecdotique, les nombreux débats qui ont suivi la sortie du film d’Andrea Segre « La Grande Ambizione » (voir : https://leblognotesdehugueslepaige.be/19800-2/) et qui ont fait l’objet d’un documentaire passionnant, « Noi e la Grande Ambizione » (Nous et la Grande Ambition) J’y reviendrai dans un prochain Blog-Notes.

[3] Les opposants à la réforme, le Comité pour le « non », espèrent encore qu’il sera possible de retarder la consultation pour mener une plus longue campagne d’explication. Un recours a déjà été repoussé par la Cour Constitutionnelle. D’autres ont été déposés.

[4] Voir : https://leblognotesdehugueslepaige.be/italie-la-revanche-posthume-de-silvio-berlusconi/

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