France : La gauche, combien de division(s) ?

P.Mondrian

Combien de divisions ? La célèbre formule de Staline à propos du Vatican peut s’appliquer aujourd’hui à l’état de la gauche française, mais avec cette particularité qu’elle est, dans ce cas, à double sens. Elle indique à la fois la faiblesse des bataillons électoraux et la dispersion sans précédent des candidatures à l’élection présidentielle de 2022. Certes « l’union est un combat », comme aimait à dire Georges Marchais et avant lui Maurice Thorez. Mais cette fois la division et les divisions de la gauche se rejoignent pour témoigner de la crise abyssale qu’elle traverse tant dans sa proposition politique que dans sa formulation partisane.[1]

À chaque jour suffit son ou sa candidate

Dimanche, comme prévu, Anne Hidalgo a annoncé officiellement sa candidature à Rouen entourée de son équipe de Maires sensés représenter sa campagne de proximité et élargir son audience par trop parisienne. Mêlant des promesses sur le travail (salaires et conditions) à  « une promesse républicaine » qui fait la part belle aux laïcs radicaux, son programme reste flou. Le PS doit encore avaliser cette candidature, ce qui ne sera qu’une formalité après que son premier secrétaire Olivier Faure lui ait déblayé le chemin au grand dam de ceux qui souhaitaient un véritable débat. Se reposant sur ses résultats aux dernières municipales et régionales qui lui ont redonné quelques (maigres) couleurs, les socialistes auront donc leur candidate même si celle-ci veillera à faire oublier son appartenance partisane. En attendant, les sondages lui accordent moins de 10 % des intentions de vote. Ce qui actuellement à peu de choses près l’étiage des principaux candidats de gauche.

Candidatures de témoignage

Quelques jours auparavant, Arnaud de Montebourg qui  a délaissé la culture des abeilles pour se retrouver une prétention présidentielle (la 3eme) a, lui aussi, fait acte de candidature toujours sous le signe du « made in France », mais cette fois agrémenté du slogan « La Remontada de la France ». Montebourg qui n’a jamais douté de rien en ce qui concerne sa destinée, allie un slogan qui a fait le miel des communicants et des déclarations qui assurent ses fondements national-républicains : « “La France, s’est-il exclamé,  c’est notre vie, notre bien commun, notre imaginaire et notre talisman, nous l’aimons tellement. Elle est un peu notre mère nourricière et adorée”. Tout est dit pour cette candidature de témoignage. Registre (celui du témoignage) où il croisera les inévitables représentants des chapelles trotskystes,  les professionnels de la présidentielle que sont Philippe Poutou (pour le NPA) et Nathalie Artaud (pour LO).

Ecologistes pour tous les goûts

Avec leur primaire ouverte, les écologistes font une nouvelle démonstration de leur éclectisme idéologique. Les cinq prétendants à la candidature ont le chic de représenter la quasi-totalité de l’arc politique de la gauche à la droite. À gauche l’écoféministe Sandrine Rousseau et Éric Piolle (le maire de Grenoble) qui sont Insoumis-compatibles, Delphine Baltho, l’ancienne ministre socialiste limogée par Hollande qui  veut redéfinir une écologie fondée sur le féminisme, la décroissance et la laïcité, Yannick Jadot, le candidat du centre, cajolé par médias (il suffit de se rapporter au débat organisé par France Inter[2]  pour constater la différence de traitement imposée aux 5 candidats), et qui veut mener campagne en s’ouvrant aux alliances les plus larges. Enfin pour mémoire, car sa présence aux primaires a été imposée par la justice, l’homme d’affaires (ex-UDF et Cap Ecologie, entre autres), Jean Marc Governatori navigue entre la droite (parfois radicale) et le folklore (il  est proche du chanteur Francis Lalanne).

La dérive du PCF

Le PCF qui a soutenu  par deux fois la candidature de Mélenchon (et qui en a été mal payé en retour par le chef des Insoumis dont le moindre des défauts n’est pas qu’il considère ses alliés comme des supplétifs) a pensé que pour exister il devait présenter sa propre candidature. Les résultats risquent d’être cruels. Est-ce pour cela que son candidat et secrétaire général s’est lancé dans la surenchère sécuritaire ? Fabien Roussel qui participait à la manifestation des syndicats de policiers  le 19 mai dernier devant l’Assemblée Nationale aux côtés du socialiste Olivier Faure,  de l’écologiste Yannick Jadot, du ministre de l’Intérieur… et de l’extrême droite pense qu’il renouera  ainsi avec l’électorat populaire. Là aussi la déception sera forte, mais surtout elle témoigne d’une dérive  opportuniste qui fait office d’analyse politique.

Force et faiblesse des Insoumis

Ce jour-là, Jean Luc Mélenchon a sauvé l’honneur de la gauche en déclarant : cette “manifestation à caractère ostensiblement factieux”. Mélenchon s’est déclaré le premier — le 8 novembre 2020 — alors que l’actualité de la pandémie ne laissait guère d’espace à la préparation de la présidentielle. Mais cette primauté avait un sens dans la mesure où il était le seul à présenter un programme cohérent qui comporte de véritables points de rupture avec le système capitaliste[3]. Mélenchon demeure le candidat le plus crédible de la gauche, mais son handicap demeure son incapacité à construire des alliances. L’“union populaire” qu’il préconise au-delà des appareils n’est qu’un ralliement. Les  Insoumis qui sont un mouvement horizontal dont le pouvoir est vertical éprouvent d’énormes difficultés à rassembler. Un défaut consubstantiel  même si aujourd’hui ils constituent la seule force de gauche crédible, mais sans doute incapable de dépasser un score honorable[4].

Gauche, année zéro

Le paysage de la gauche est désastreux et son avenir n’a jamais été aussi sombre depuis des décennies. La responsabilité de ses divisions est très largement partagée, les dirigeants des diverses formations en sont au moins partiellement comptables à des titres  et des degrés divers. Mais au-delà de la défaite annoncée à la présidentielle et des rabibochages peu glorieux inévitables pour les législatives, il faut faire le constat de l’impossibilité d’une “union” de la gauche dans le contexte actuel. Les appels d’associations, de militants et d’intellectuels en sa faveur sont évidemment honorables, mais sans issue. La reconstruction idéologique et politique d’une gauche dominée par la confusion et qui n’a pas  véritablement tirée les leçons de ses défaites et de ses déshérences, le repli sur soi de ses éléments les plus éclairés ou radicaux, et l’incapacité qui en découle de voir émerger un leader qui pourrait incarner l’avenir sont autant d’éléments qui nous disent que tout est à refaire à la base, “da capo” comme on dit en italien.

 

 

 

[1] On reviendra dans une prochaine publications sur l’état de la droite ( tout aussi divisée)

[2] 5 septembre 2021

[3] Voir « L’avenir en commun » : https://melenchon2022.fr/programme/

[4] En 2017, Mélenchon avait rassemblé 7 millions de voix avec 19,6 %  et une 4eme place au premier tour

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1 réponse à France : La gauche, combien de division(s) ?

  1. Hoffenberg dit :

    triste et juste constat… merci Hugues

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