C’est un rituel immanquable de chaque soirée électorale : tout le monde a gagné. Un rituel qui maquille mal son lot de déception et d’amertume. Mais cette fois tous les partis peuvent brandir des succès partiels, mais réels tout en devant admettre des défaites. La tâche est donc encore plus difficile que d’habitude pour dégager des conclusions définitives de ce scrutin municipal. Et l’affaire est d’autant plus complexe que tous les acteurs affichaient leur intention de faire de ces municipales une préface présidentielle. Même si le comportement des électeurs n’est pas toujours identique selon la nature des consultations. De ce point de vue, les enseignements restent donc mitigés.
Demi-vainqueurs, demi-vaincus, tous ont donc revendiqué la première position. À droite, LR demeure la principale force politique locale et remporte quelques victoires retentissantes dans les villes moyennes, mais n’arrive plus à s’imposer dans les grandes villes. Le RN confirme son ancrage dans les villes et villages de la France des régions, mais est également bloqué dans les cités majeures, comme à Toulon. L’union de la droite et de l’extrême-droite ne s’est pas (encore) réalisée, mais la droite traditionnelle s’est désormais largement rendue idéologiquement au RN. Les Verts victimes de la démagogie anti-écologiste perdent des points importants (comme à Bordeaux), mais parfois résistent mieux que prévu (comme à Lyon, mais avec le concours de LFI). Le PS peut se réjouir des victoires marquantes de Paris et Marseille ou encore Lille (sans LFI), mais enregistre aussi des revers dans certains de ces bastions historiques comme Clermont-Ferrand. LFI entre pour la première fois dans de nombreux conseils communaux et obtient des victoires non négligeables comme celle de Roubaix après Saint Denis au premier tour. Mais les Insoumis perdent largement à Toulouse ou à Limoges où leurs candidats menaient les listes d’union de la gauche avec des réserves de voix. Tout cela sur fond d’une abstention massive qui reste l’élément le plus inquiétant de la configuration politique.
À un an de l’élection présidentielle, la gauche est à la croisée des chemins. Des décisions stratégiques que prendront à présent les uns et les autres dépendront non seulement ses chances de succès, mais aussi son existence même. On connait le contexte conflictuel entre le PS et LFI. Il s’est encore aggravé au lendemain du scrutin municipal, chacun traitant l’autre de « boulet » pour la gauche. Les accords de dernière minute entre les deux tours ont eu des résultats contrastés. Ils ont permis de préserver ou de gagner des mairies à gauche, mais ils ont aussi été un repoussoir ailleurs. L’ambiguïté stratégique du PS qui a conclu ces alliances après avoir lui-même participé à une campagne d’une violence sans précédent à l’encontre de LFI et l’hostilité parfois outrancière de ces derniers vis-à-vis du PS ne pouvaient que donner des résultats contradictoires. Les victoires socialistes à Paris et à Marseille, mais aussi les défaites insoumises à Toulouse ou à Limoges donnent des ailes aux dirigeants PS anti LFI qui réclament une rupture définitive et sans appel avec Jean Luc Mélenchon. Et Olivier Faure, le secrétaire général du PS qui a ménagé la chèvre et le choux est désormais sur un siège éjectable. La droite socialiste est bien décidée à forcer la décision. La « clarification stratégique » du PS risque de consacrer l’impossibilité d’une victoire en 2027.
Car l’équation ne changera pas. Seule une gauche unie (PS-Ecolo-LFI) a une chance de remporter la victoire en 2027. On ne sort pas de cette réalité. Certes, aujourd’hui, au-delà de toutes les polémiques, le fossé s’est creusé entre un PS qui a permis au gouvernement de droite de se maintenir au pouvoir et LFI qui affirme sa volonté de rupture même si son programme demeure très classiquement celui d’une gauche réformiste radicale. Une candidature unique reste profondément désirée par le peuple de gauche. Mais les conditions de sa réalisation n’ont jamais été aussi éloignées. Le PS aura fort à faire pour choisir parmi sa pléthore de prétendants tous hostiles à LFI. Jean Luc Mélenchon reste un candidat de premier tour efficace, comme il l’a déjà prouvé, mais est très incertain au second. Même si la comparaison n’est que partiellement fondée, l’issue des municipales le confirme. Le rapport de force à gauche était favorable aux Insoumis au lendemain du premier tour. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La volonté des électeurs de gauche de se rassembler en particulier face à un candidat RN demeure, elle, fondamentale. Mais la traduction politique de cet espoir vital n’a jamais été aussi fragile.